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Commentaire de l’AMI: Les moments de vérité

Nouakchott,  24/03/2022
A mi-chemin sur la route de la refondation d’un Etat moderne et d’une société réconciliée avec elle-même, des moments de vérité sont nécessaires.

Cela a commencé par le discours de Ouadane quand le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a saisi l’occasion pour rendre hommage aux couches laborieuses que l’histoire a ignorées et que la société a dépréciées au nom d’une hiérarchisation ne répondant à aucune logique soutenable. Une dénonciation d’une injustice séculaire et une revendication de la volonté d’émanciper les esprits de cette culture rétrograde.

Des orientations réitérées avec force dans l’adresse à la Nation à l’occasion de la célébration du 28 novembre. Suivront plusieurs sorties au cours de Conseils de ministres qui furent l’occasion de dénoncer la lenteur dans la mise en œuvre de projets parfois structurants et toujours améliorant la vie des populations. Puis les réponses aux doléances de notre communauté vivant en Espagne. Et enfin, hier au Palais Mourabitoune, à l’occasion de la sortie de quelques centaines de cadres, nouvelle promotion de l’Ecole nationale d’administration, de journalisme et de magistrature (ENAJM).

529 jeunes cadres prêts à servir dans divers domaines de l’administration et qui ont la particularité d’avoir été formés dans l’après 1er août 2019. C’est-à-dire dans l’esprit de cette nouvelle gouvernance qui cultive l’équité, la transparence et l’efficience comme valeurs fondamentales du contrat social proposé.

Devant ces cadres appelés à exercer dans la vie active et à infuser un sang neuf dans l’administration, le Président de la République a tenu un langage de vérité destiné d’abord à mettre l’élite devant ses responsabilités, ensuite à rappeler ce chantier qu’est la mise en place d’une administration au service du citoyen.

En égrenant les contre-exemples que constituent certains aspects des dysfonctionnements, il a pris en charge les soucis des citoyens dans leur diversité et exprimé son désir de changer les choses.

Il est temps pour l’élite en général, pour les fonctionnaires au centre de la décision en particulier, de comprendre qu’il n’y a pas de «temps à perde» ni d’énergie à dilapider. Sinon nous nous condamnons à tourner en rond en attendant que la déstabilisation ambiante nous atteigne ou que les dérèglements du monde nous affectent encore plus violemment.

Les défis qui se dressent devant nous sont aussi des opportunités. L’exigence de rigueur, de constance est un atout si elle s’accompagne par la détermination dans la mise en œuvre des fondements d’un Etat moderne où la justice, l’égalité, la fraternité et la citoyenneté sont les valeurs premières.

Le rapport au temps doit nous amener à faire de son emploi une valeur stratégique nous stimulant à plus de travail dans la perspective d’un avenir meilleur et d’une prospérité partagée.

Ces moments de vérité sont nécessaires pour faire l’effet d’un électrochoc à même de provoquer un sursaut de conscience, de responsabilité et de volontarisme dans l’accompagnement, le plaidoyer et la mise en œuvre du projet de refondation en marche depuis plus de deux ans.

Nous sommes dans une conjoncture où la fragilité des tissus économiques et sociaux, les déséquilibres écologiques, les trafics de tous genres renforcent la prolifération des idéologies violentes et disqualifient les bonnes manières. Nous sommes dans un monde bouleversé par les épidémies et les guerres et dont les nouveaux équilibres sont en phase de constitution.

Dans l’élan de réconciliation avec son être, la Mauritanie d’aujourd’hui est sur la voie de la réappropriation de ses vocations premières comme terre de convergences et d’ouvertures, et de ses valeurs originelles que sont l’honneur, la fraternité et la justice.
Dernière modification : 24/03/2022 20:10:02