Activités présidentielles

Nouvel appel des Chefs d’Etat du G5 Sahel pour l'annulation de la dette extérieure

Nouakchott,  17/02/2021
A l’issue de la 7ème session ordinaire de leur Conférence tenue le 15 février 2021 à N’Djamena,les Chefs d’Etat du G5 Sahel ont lancé un nouvel appel solennel pour l’annulation de la dette extérieure de leurs pays qui traversent une situation incertaine liée à la pandémie de la Covid-19 et qui doivent par conséquent répondre à un accroissement des besoins liés, en particulier, à la santé, à l’éducation, à l’emploi et à l’économie. Voici le texte intégral de cette déclaration:

"Les Chefs d’Etat

- Considérant la situation, toujours incertaine, liée à la pandémie de la Covid-19 et ses conséquences désastreuses aux niveaux sanitaire, économique, social et budgétaire dans l’espace du G5 Sahel.

- Constatant que ce contexte a engendré une situation de forte «demande de l’Etat» pour répondre à l’accroissement des besoins liés, en particulier, à la santé, à l’éducation, à l’emploi et à l’économie.

- Rappelant le plaidoyer de la Déclaration du G5 Sahel sur la pandémie de la Covid-19 du 27 avril 2020 pour mobiliser des ressources supplémentaires et pour l’annulation de la dette extérieure des Etats pour faire face aux chocs de la pandémie qui grèvent les ressources limitées des Etats, déjà très affectées par les dépenses élevées liées aux défis sécuritaires et de développement ainsi que par le poids du service de la dette.

Déclarent:

- Nous, Chefs d’Etat des pays membres du G5 Sahel, lançons solennellement un appel à la communauté internationale pour une réponse forte et urgente pour éviter un profond désastre au Sahel.

- Nous rappelons que la crise de la Covid-19, qui a été déclarée pandémie par l’OMS en mars 2020, pénalise gravement les économies africaines en provoquant un écart de financement extérieur considérable, une nette contraction du PIB réel et des recettes budgétaires, et de fortes tensions sur les dépenses.

- Considérant cette situation de crise économico-sanitaire, l’Union africaine (UA) a lancé un appel, en avril 2020, en faveur de l’annulation de la dette et de la mise en œuvre d’un ensemble de mesures d’allégement de la dette pour les pays africains. Depuis cette date, la crise n’a fait que s’aggraver, rendant l’appel de l’UA toujours actuel.

- Nous exprimons notre vive préoccupation quant à la capacité des pays d’Afrique subsaharienne à supporter le poids de leur dette, de plus en plus mise à mal compte tenu du repli de l’activité économique dans le contexte de la pandémie. Les recettes publiques en 2020 seront nettement inférieures aux projections antérieures à la Covid-19, sous l’effet conjugué de cette baisse des recettes, de la forte augmentation des dépenses sociales pour limiter les effets de la pandémie sur les plus démunis et de l’appui au secteur privé pour éviter l’effondrement des économies nationales.

- Nous rappelons qu’au niveau sous régional, les pays du G5 Sahel font face à une situation encore plus tendue, étant parmi les pays aux plus faibles revenus, avec plus de 40% de leurs 81 millions d’habitants vivant dans l’extrême pauvreté avec un très faible accès aux services de base en comparaison avec le reste du continent.

- Nous constatons que dans ce contexte difficile, nos pays devraient pourtant consacrer plus d’un milliard de dollars au paiement du service de leur dette extérieure en 2020. Ce montant devrait passer à 1,2 milliard de dollars US en 2021. La forte demande sociale à laquelle font face les pays du G5 Sahel, consécutive à la pandémie de la Covid-19, exige la mise en œuvre de politiques budgétaires expansives, en totale contradiction avec le niveau et le profil de leur endettement. En l’absence d’une profonde restructuration de cette dette, les pays n’auront le choix que de mettre en œuvre des politiques d’austérité. Or celles-ci sont tout simplement incompatibles avec les efforts en cours pour rétablir la sécurité dans la région.

- Nous saluons l’élan de solidarité et les efforts significatifs déjà consentis en faveur du Sahel par les partenaires multilatéraux et bilatéraux pour contenir la crise et ses graves conséquences socio-économiques pour nos Etats, et les appelons à consacrer davantage de ressources, sans effet d’éviction sur les financements en cours, pour se hisser à la hauteur des enjeux du Sahel.

- Nous saluons, en outre, le moratoire du service de la dette initié par le G20 en avril 2020, et renouvelé en octobre dernier qui a permis aux Etats bénéficiaires de mieux faire face aux effets économiques et sociaux de la pandémie de la Covid-19.

- Nous appelons à la mobilisation de toutes les parties prenantes pour une profonde restructuration de la dette de nos pays afin qu’ils puissent apporter une réponse aux attentes urgentes et légitimes de nos populations.

- Nous remercions chaleureusement le Président de la République Française, le Secrétaire général des Nations Unies, le Président de la Commission de l’Union Africaine, le Président du Conseil Européen, la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international pour leurs rôles importants de sensibilisation autour de la problématique de la dette des pays pauvres.

N’Djamena, le 15 février 2021

La Conférence des Chefs d’Etat du G5 Sahel".
Dernière modification : 17/02/2021 15:37:51