Activités présidentielles

Le président de la République réitère son appel à la suspension du service de la dette

Nouakchott,  08/10/2020
Le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a participé, jeudi à Nouakchott, par visioconférence, à une réunion de très haut niveau portant sur les défis économiques nés de la crise sécuritaire de la région du Sahel, au cours des assemblées annuelles FMI-BM 2020.

A cette occasion, parlant au nom des chefs d’État du G5-Sahel, le Président de la République a prononcé un discours dans lequel il a soulevé le problème structurel des économies des pays sahéliens, et a, une nouvelle fois, appelé à l’annulation totale de la dette des pays du G5 Sahel dont le fardeau grève fortement les budgets des États.

Voici le discours intégral du Président de la République :

«Excellence, Monsieur Issoufou MAHAMADOU, Président de la République du Niger, Madame la Directrice Générale du Fonds Monétaire International, Monsieur le Président de la Banque Mondiale, Mesdames et Messieurs les Ministres, Madame la commissaire de l’Union Européenne, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi, tout d’abord, d’adresser mes sincères remerciements à Madame la Directrice Générale du Fonds Monétaire International et à Monsieur le Président de la Banque Mondiale pour m’avoir donné l’occasion de m’exprimer devant cette auguste assemblée.

Je voudrais également, au nom de mes pairs Chefs d’état du G5 Sahel, exprimer notre vive reconnaissance à l’ensemble de nos partenaires pour l'intérêt constant qu’ils accordent aux questions de paix, de sécurité et de développement dans la région sahélienne.
Excellences, Mesdames et messieurs,

En raison du temps imparti à nos interventions, je me limiterai ici à évoquer trois des principaux défis à relever pour nos pays :
Premièrement : Le problème structurel de nos économies, caractérisées par une faible diversification, une prédominance du secteur informel, une prévalence aiguë de la pauvreté et un endettement à la limite du soutenable.
Deuxièmement : La situation sécuritaire au Sahel de plus en plus préoccupante, compte tenu de la recrudescence et de l’expansion des activités des groupes armés terroristes, a entraîne de nombreuses pertes en vies humaines et des déplacements internes de populations ainsi qu’une augmentation du nombre de réfugiés. Selon les estimations de la Banque Mondiale, le conflit qui sévit dans la région a causé plus de 15.000 morts et entraîné des déplacements internes de populations excédant 1 million de personnes ainsi que plus de 165.000 réfugiés.
Cette situation a induit une augmentation des dépenses allouées à la défense et à la sécurité qui deviennent de moins en moins soutenable pour nos pays.

L’effet d’éviction de ces dépenses des ressources destinées à d’autres secteurs vitaux, tels que l’éducation, la santé et l’emploi, s’aggrave de jour en jour et met à mal les économies nationales déjà suffisamment éprouvées par la rareté des ressources.
Cette dure réalité expose les populations sahéliennes à davantage de vulnérabilités et constitue un obstacle de plus au retour des services de base dans les zones sensibles.
Troisièmement : La pandémie de la COVID-19 qui est venue malheureusement se greffer à ces défis, a aggravé une situation sécuritaire déjà difficile, c’est ainsi que les mesures de confinement très strictes mises en œuvre par les pays de la région afin de contenir la propagation du virus ont perturbé la production et les circuits de distribution et ont réduit significativement la demande de biens et services.
Nos pays ont également subi les effets des mesures prises par les pays partenaires et du ralentissement brusque de la croissance économique mondiale. Ce choc provoqué par la pandémie, a ainsi anéanti des progrès chèrement acquis au cours de ces dernières années en matière de développement, de lutte contre la pauvreté et de résilience ; efforts qui avaient permis d’atteindre un taux de croissance moyen de plus de 5%.

En plus des défis que je viens d’énumérer, notre sous-région vient d’être secouée par des inondations qui ont affecté de larges zones de notre espace sahélien. Ces facteurs cumulés ont, à n'en pas douter, des conséquences multiples et considérables, dont on pourrait relever :
-La baisse substantielle des investissements directs étrangers et des autres flux de capitaux ainsi que des investissements nationaux ;
-La forte augmentation des dépenses publiques due à l’expansion des dépenses sécuritaires et de réponse aux urgences ;
-Le recul du Produit Intérieur Brut (PIB) qui devra passer d’un taux moyen de 5,4% en 2019 pour notre sous-région à des taux allant de 0,5% à -3,2% selon les pays en 2020 ;
-La baisse des recettes publiques liée au ralentissement des activités économiques ;
-La difficulté pour les Etats du Sahel de réaliser les projets d’infrastructures et d’assurer les services de base dans les zones à risque ;
-La difficulté à faire face aux effets prononcés du changement climatique.
Mesdames, Messieurs,
Face à ces défis multiformes, les Etats du G5 Sahel ont mis en place une stratégie commune qui allie sécurité et développement et qui a permis, avec l’aide de nos partenaires :

-La reprise soutenue des opérations dans la zone dite des trois frontières,
-L’opérationnalisation du Mécanisme de Commandement conjoint,
-Le redéploiement progressif des administrations dans les zones fragiles,
-Le démarrage du Programme de développement d’urgence (PDU) pour l’amélioration des conditions de vie et l’autonomisation des populations vulnérables.

Ces efforts, bien que louables, restent insuffisants par rapport à l’ampleur des défis à relever.

A cet égard, un engagement plus fort et coordonné de long terme de la communauté internationale est crucial, tant l’étendue et la complexité des défis auxquels la région du Sahel est confrontée, requiert une réponse décisive avec des effets durables.

Cet engagement devra se traduire dans l’immédiat par l’annulation totale de la dette des pays du G5 Sahel dont le fardeau grève fortement les budgets des Etats et réduit considérablement leur marge de manœuvre pour le financement du développement, la mise en œuvre de l’agenda 2030 et l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODDs).

Aussi, je souhaiterai que tous les pays du G5 Sahel, exposés aux mêmes risques liés à la situation décrite plus haut, accédent aux différents guichets dédiés aux pays fragiles et vulnérables. L’on se conformerait ainsi à l’esprit de solidarité qui prévaut dans l’espace sahélien et on prendrait surtout en compte une réalité qui est à l’origine de la création du G5 Sahel.


Mesdames, Messieurs,
Il me convient de saluer ici, les divers appuis financiers apportés par le FMI, la Banque Mondiale, les partenaires bilatéraux ainsi que l’initiative du G-20 dès le déclenchement de la crise provoquée par la pandémie et visant, entre autres, à suspendre le service de la dette et à atténuer les effets socioéconomiques de la crise et d’accroître les ressources disponibles pour faire face aux besoins des balances de paiements et diminuer les pressions sur les budgets de nos Etats.
Cependant, en vue de parvenir à la paix et à la sécurité, préable à tout développement durable, il est essentiel de trouver des solutions pérennes aux causes profondes des conflits, à savoir, entre autres, la pauvreté, l’absence d’emplois, l’insécurité alimentaire et les inégalités.

A cet effet, il convient d’appuyer les efforts de nos pays visant à investir davantage dans la promotion de l’emploi des jeunes et des femmes, l’amélioration de l’accès à l’éducation y compris celle des jeunes filles ainsi que le renforcement des infrastructures à travers notamment l’introduction de plus de flexibilité dans les programmes des différents partenaires et l’accroissement des investissements destinés à créer les conditions propices au développement du secteur privé.

Mesdames, Messieurs,
Le concours de la communauté internationale, pour précieux qu’il soit, n’exonère en rien nos pays qui doivent nécessairement repenser leurs modèles de développement, afin d’accélérer les réformes structurelles à travers des approches intégrées et inclusives, de développer leur tissu productif, de diversifier leurs économies, d’augmenter la productivité globale, de mobiliser davantage de ressources domestiques, d’améliorer la qualité et l’efficacité de leurs dépenses publiques, de développer leur capital humain et de faire de la transparence et de la redevabilité, dans la gestion des ressources publiques, une priorité absolue de leur système de gouvernance.

C’est à ce prix que nous pourrons gagner le combat contre les nombreux défis qui nous assaillent. C’est l’engagement que nous avons pris devant nos peuples et que nous reprenons devant vous.

Je vous remercie »
Dernière modification : 09/10/2020 10:15:04