Editoriaux

Le libre arbitre responsable de la presse

Nouakchott,  04/05/2020
En ce 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse, le journal Horizons tient, tout d’abord, à remercier le Président de la République, pour avoir eu une pensée pour la presse, une première dans le pays et un fait rarissime dans le monde.

En cette journée nous célébrons les principes fondateurs de la liberté de la presse, dans une dynamique de large mobilisation internationale pour leur défense et rendons un hommage aux journalistes qui ont perdu leur vie dans l'exercice de leur noble profession ou qui croupissent encore dans les prisons pour avoir eu le courage de la vérité.

Nous exprimons, en conséquence, notre solidarité avec tous nos confrères de par le monde et réaffirmons notre attachement aux valeurs professionnelles, déontologiques, morales et citoyennes qui sont celles de notre profession.

La presse est aujourd’hui, plus que par le passé, un système qui brasse, modèle et pétrit les consciences, crée, façonne et forge les convictions. Son exercice est d’autant plus une grande responsabilité que le monde de la presse connait actuellement un foisonnement des plateformes alternatives de journalisme, entrainant un incroyable élargissement du spectre de l’influence persuasive des médias sociaux.

Nous avons encore en mémoire la tristement célèbre Radio des mille collines et le calamiteux journal Kangura qui ont été des outils déterminants dans le génocide au Rwanda et ses atrocités innommables. Nous avons aussi en mémoire la propagande haineuse et mensongère qui a été la source de l’épuration ethnique en ex-Yougoslavie et son cortège de massacres et d’exécutions sommaires. Nombreux sont les exemples de dérives consécutives à l’instrumentalisation de la presse, surtout quand celle-ci est asservie, mise sous la coupe du diktat, pour servir d’outil de diabolisation, de déshumanisation, de désinformation et de manipulation.

Avec un monde câblé, une société connectée, des ménages raccordés, l’effet de l’info on line devient exponentiel avec une rapidité de propagation démentielle, une expansion virale incontrôlable et des impacts ravageurs et destructeurs, particulièrement chez les jeunes qui forment la frange la plus connectée mais aussi la plus perméable et la plus crédule de la population.

Que n’a-t-on pas entendu au sujet du coronavirus, ces énormités débitées en cascades à propos d’une kyrielle de remèdes aussi saugrenus les uns que les autres, ces propos de conspirationnistes pour qui il est le résultat d’une manipulation en labo ou ceux de « négationnistes » pour qui le covid est une supercherie de l’esprit.

Dans un tel contexte et face à la prolifération de l’information frelatée, la responsabilité du journaliste n’en est que plus grande non seulement en observant l’obligation de contrôler, vérifier et recouper toutes ses informations mais aussi en refusant de se faire le relai de sources insouciantes ou malveillantes, en refusant de relayer tout ce qui pourrait nuire à son pays et à sa société, en s’affirmant comme un patriote, un citoyen et un journaliste qui assume toutes ses obligations sans se départir de son libre arbitre et encore moins de ses responsabilités.

N’oublions jamais que notre perception de la réalité est fonction des informations que nous recevons et que, par conséquent, les fakes news déforment cette réalité.


Dernière modification : 06/05/2020 12:19:56