,  23/07/2019
La Présidentielle de 2019 ou l’alternance inédite
Jeudi 1er Août prochain, il y aura, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une accession à la magistrature suprême très originale, voire inédite, au regard de la réalité politique de chez nous : un Président démocratiquement élu remplace un autre Président, lui aussi démocratiquement élu, à la tête de l’État.
Cette situation pourtant simple, évidente même, était, il y a encore quatre mois, une vue de l’esprit, personne n’y croyait vraiment, pas même ceux qui se croyaient être « dans le secret des Dieux ».
Dans le contexte régional, en Afrique et dans le monde arabe, les réalités politiques poussent bien au pessimisme en la matière ; changement des constitutions par-ci, reformulations de textes de lois par-là : tous les alibis sont bons pour rester au pouvoir, une fois qu’on l’a eu, très souvent à la faveur de coups d’Etat, si ce n’est par héritage.
Cette fois, notre pays s’est trouvé du bon côté de la plaque, une chose pas très fréquente et qui mérite à ce titre d’être soulignée et applaudie des deux mains, debout (et même des deux pieds, comme on l’a fait une fois dans notre pays : pas très commode, j’en conviens).
En effet, on se souvient qu’en en janvier 2019, après les appels incessants lancés, en début d'année, en 2018 déjà et même avant, pour la révision de la Constitution du pays en vue de supprimer ses articles verrouillés et permettre ainsi au président sortant de briguer un troisième mandat, à l’issue de son second mandat, le Président de la République Monsieur Mohamed OULD ABDEL AZIZ est intervenu personnellement pour appeler à cesser ces initiatives, réitérant ainsi sa détermination à respecter les dispositions de la Loi Fondamentale, comme il l’a déjà fait savoir à plusieurs occasions. Dans l’esprit des partisans de cette démarche de transformation de la Constitution, le Président possède les moyens institutionnels légaux (majorité écrasante à l’Assemblé nationale) pour procéder à un tel changement.
Cette décision du Président ouvrit ainsi la voie à un scrutin présidentiel sur lequel la classe politique mauritanienne et de larges couches de la société fondent de grands espoirs pour faire sortir le pays de la phase des hésitations qui ont caractérisé la vie politique qui perdure depuis un certain temps chez nous.
De nombreux observateurs politiques s’accordent à dire que le scrutin présidentiel qui s’est déroulé le 22 juin dernier a constitué inéluctablement une réelle opportunité pour instaurer les premières assises d’une alternance pacifique au niveau de la plus haute autorité du pays. Ce scrutin a constitué également un tournant décisif pour l’avenir du pays et pour toutes ses forces vives qui ont fait face à de telles hésitations avec beaucoup de sagesse et de perspicacité.
L’élection présidentielle du 22 juin s’est tenue dans un contexte local caractérisé par l’importance que les différentes parties à cette échéance ont accordée à l’accomplissement d’un transfert pacifique du pouvoir, perçu comme une garantie majeure pour la stabilité du pays et pour son développement. Une élection qui illustre les progrès que notre pays a réalisés dans l’ancrage de sa démocratie, n’en déplaise à ses détracteurs.
Cette échéance a permis à environ un million d’électeurs, à majorité jeunes, de s’impliquer dans un nouveau développement politique du pays, incarné par une élection présidentielle pluraliste, avec la participation de l’opposition qui avait boycotté la présidentielle de 2014, et à laquelle prennent part aussi six candidats représentant les différents courants de pensées politiques dans note pays (majorité au pouvoir, oppositions /radicale et modérée/ et technocrates). Les électeurs mauritaniens ont eu ainsi l’occasion de contribuer à ce que les observateurs politiques ont qualifié de « changement de la culture démocratique en Mauritanie », en ce sens que la voix, libre et consentie, de l’électeur a véritablement compté.
Dans cette élection, les jeunes ont joué un rôle majeur pour départager des forces qui se différencient en termes d’influence, de poids politiques et de capacités à drainer des populations pour trancher la course et faire la différence.
Pour son éclatante victoire, le candidat Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, investi dans ses fonctions vendredi, a reçu les félicitations de tous bords et les vœux de succès de son entreprise.
Une entreprise que le peuple mauritanien attend et sur laquelle il fonde de grands espoirs. Beaucoup de questions sont évoquées ici et là et l’opinion publique scrute dans tous les sens des indices ou grilles de lectures pour pronostiquer et/ou anticiper les événements. Continuité, changement, nouvelle clef de répartition du pouvoir dans le centre de décision ? Bref chacun y va par son propre chemin et parfois, si ce n’est souvent, avec des opinions délibérément manipulatrices ou des procès d’intension. Mais la Mauritanie restera et se développera « contre vents et marées » et profitera des réalisations du génie créateur de son peuple.
Ichemkhou Ould Eleyou
Dernière modification : 23/07/2019 17:58:31