Bamako,  04/06/2013  -  Amputé de ses régions du nord par une nébuleuse terroriste super armée, le Mali a vécu de très prés, plus d’une année, sous le joug du terrorisme. Averti pourtant très tôt par les pays voisins qui ont subi les affres de ce phénomène porté par des groupuscules amateurs de sensations morbides, cet Etat membre des pays du champ (La Mauritanie, l’Algérie et le Niger) n’avait pas apprécié le mal à sa juste valeur et en a payé les conséquences dans sa chair.
Aujourd’hui, sauvé par la solidarité des pays frères et amis et tirant leçon des événements, le Mali se réveille et se lance résolument dans une nouvelle approche qui met en tête de ses priorités d’abords et avant tout, le retour à la légalité. Ensuite la réorganisation de l’armée sur des bases plus solides, l’amorce d’un développement durable et une réconciliation nationale bien réfléchie.
Le Mali se réveille et fait face désormais d’une manière plus rigoureuse au terrorisme. Ainsi un train de mesures sans précédant est mis en branle pour contrecarrer le terrorisme et le crime transfrontalier. C’est le constat fait sur le terrain par le groupe des journalistes accrédités auprès de l’Unité de Fusion et de Liaison (UFL) qui vient de visiter les régions du nord Mali et qui a rencontré des responsables maliens de haut niveau.
Le préalable du retour à l’ordre constitutionnel
La préoccupation à l’heure actuelle pour le gouvernement en place est le retour à l’ordre constitutionnel. Les autorités en charge du processus électoral viennent de fixer le 28 juillet prochain comme date du premier tour des élections. Un comité chargé du suivi et de coordination est déjà à l’œuvre et travaille sans relâche dans ce sens. Des grands pas ont été franchis et le mécanisme va bon train.
Mais il y’a un défi majeur qu’il faut relever: Kidal une des principales régions du nord est toujours sous le contrôle du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA).
Y’aura-t-il des élections à Kidal ou pas? La question se pose avec acuité.
Interrogé par les journalistes du groupe de communication de l’UFL sur ce point précis, le Premier ministre Malien Monsieur Django Cissoko est ferme et on ne plus clair: «Les élections auront lieu comme prévu sur toute l’étendue du territoire malien y compris Kidal. Le Mali est un Etat unitaire et la défense de l’intégrité territoriale est le monopole de l’Etat. La position du MNLA n’entame en rien notre détermination».
Le Premier ministre reconnait toutefois qu’il y’a des problèmes dus à la position du MNLA mais il est encore optimisme. «La position du MNLA va évoluer très rapidement nous sommes confiants que tout entrera dans l’ordre avant la date définie», affirme-t-il.
Les organisations internationales en charge des réfugiés font état d’environ 400 mille réfugiés maliens dans les Etats voisins. Auront-t-ils la possibilité de participer au vote?
Répondant à cette question le Premier ministre malien rassure que «toutes les dispositions nécessaires ont été prises en parfaite coordination avec l’Etat malien, les pays d’accueil et le HCR pour que ces réfugiés puissent effectivement prendre part au scrutin du 28 juillet».
Le MNLA, qui prônerait une autodétermination de l’Azawad et qui est rentré en conflit avec les groupes terroristes, pose aujourd’hui problème. S’il est vrai que les autorités maliennes considèrent que ce mouvement est composé de fils du Mali qui ont des revendications, il n’en demeure pas moins vrai que ces autorités sont aujourd’hui claires à ce propos: pour eux, il faut naturellement que tout le territoire soit réunifié, que les groupes armés maliens qui tiennent encore quelques positions acceptent de déposer leurs armes et entrer dans le processus de normalisation.
«Le MNLA est composé des fils du pays, ils ont des revendications. S’ils déposent les armes nous entrons en négociations avec eux, mais nous ne discuterons jamais avec des groupes armés», martèle le Colonel Major Yamoussa Camara, ministre de la Défense et des Anciens combattants.
Le gouvernement malien a récemment nommé un conseiller spécial pour le nord du Mali, en la personne de M. Tiébilé Dramé, et ce dernier est déjà à pied d’œuvre dans ce sens.
La chute chaotique du nord
Depuis la montée du terrorisme et du crime transfrontalier dans la zone du sahel ces dernières années et en raison de son laxisme dans la lutte contre ce phénomène, le Mali a été considéré par la force des choses comme, le «ventre mou» dans ce combat acharné que mènent les pays de cet espace et plus particulièrement ceux du champ contre la horde des extrémistes qui essaiment la région.
Déstabilisé par le retour de milliers de combattants touaregs au pays avec armes et bagages en provenance de Libye, la fragilité de l’armée malienne et le coup d’Etat contre le pouvoir en place, le Mali sera très vite amputé de Tombouctou, Gao et Kidal, de grandes régions du nord. Cette situation, aggravée par le désordre en Libye a vite fait de ce vaste septentrion malien «une poudrière» pour toute la région et un sanctuaire pour extrémistes et narcotrafiquants de tous bords.
«Le Mali a fait face depuis janvier 2012 à la plus grave crise de son histoire avec l’occupation des 2/3 de son territoire par des extrémistes de tous poils. La situation s’est davantage aggravée avec la crise institutionnelle qui découla du coup d’Etat du 22 mars 2012», explique Yamoussa Camara.
Si les autorités maliennes de l’époque ont une très grande part de responsabilité dans ce qui s’est passé (manque d’anticipation, absence de réaction appropriée, mauvaise gestion, entre autres), il est certain que les terroristes et les trafiquants ont bien profité d’une combinaison de facteurs favorables.
«La démilitarisation du nord a laissé l’espace libre aux groupes armés qui ont bénéficié de la sympathie des populations pauvres due aux actions de bienfaisance des terroristes. Cette organisation était majoritaire dans les camps militaires des régions du nord et dès que les événements ont débuté, il y’a eu un départ massif des intégrés de l’armée. Ils ont trouvé devant eux des milices armées et c’est comme ça qu’ils se sont vite installés», dit le ministre de la Défense.
On savait bien avant que le Nord Mali était devenu l’épicentre d’un système de conflit larvé depuis des années dans le Sahel. La crise touarègue, le développement du terrorisme et de la criminalité organisée ainsi que les problèmes liés à la migration clandestine ont fait le reste. La crise libyenne viendra par la suite accélérer les choses avec l’opportunité qu’elle a offerte aux terroristes de se procurer des armes sophistiquées à partir des dépôts libyens délaissés et de renouveler leur parc automobile.
Puissants et motivés par l’ambition de la conquête du territoire de l’Azawad pour y asseoir un Etat, les terroristes n’ont fait de l’armée malienne qu’une seule bouffée. Commence alors pour le nord malien une longue nuit cauchemardesque.
«En si peu de temps, les terroristes ont ramené notre pays à l’âge préhistorique: pas d’écoles, pas d’électricité, pas d’hôpitaux, pas de banques, tout est détruit et mi à plat», résume avec amertume le Général Mamadou Adama Diallo, gouverneur de Gao.
Souvent qualifié de point le plus reculé de la terre, Tombouctou reste une attraction mystérieuse et exotique. Tombouctou c’est une histoire, un héritage riche et varié, une ville au passé fascinant. Connu pour son riche patrimoine, ses bibliothèques garnis de valeureux manuscrits et son passé culturel rayonnant, la cité est aujourd’hui sous le choc: monuments démolis, bibliothèques et archives mis à feu, cette vieille ville islamique classée comme patrimoine commun de l’Humanité vit un véritable désastre jamais connu dans son histoire.
«Les terroristes qui se disent libérateurs se sont attaqués aux monuments islamiques. Ils ont brûlé les bibliothèques et les archives et gouverné avec une main de fer loin des valeurs islamiques connues», déplore le colonel major Mamadou Sanghara, gouverneur de Tombouctou.
«La ville a connu des actes de vandalisme, de pillage des banques et toute son infrastructure de base a été détruite, ce qui rend la situation aujourd’hui très délicate. La population déjà pauvre subit actuellement le lourd tribut de cette invasion et se trouve complètement dépourvue de tout», poursuit-il.
Guerre asymétrique
Aussitôt l’intervention militaire des pays amis et frères déclenchée, les terroristes qui ont voulu marcher sur le reste du territoire malien ont été stoppés aux alentours de la région de Mopti, zone tampon entre le nord et le sud mali et précisément à la ville de Kona environ 60 km de Sévaré à Mopti.
Pris dans l’étau des forces de la Misma (Mission de la CEDEAO au Mali), Serval (Opération de l’Armée française) et les FAMA (Forces Armées Maliennes), les terroristes qui ont pu échapper se dispersent rapidement dans la nature. Les villes du nord étant libérées et la vie commence à reprendre mais timidement.
«Le nord est libéré et les opérations de grandes envergures sont terminées. Le pire est dépassé, il reste des groupes résiduels. Ce qui fait que nous faisons actuellement face à une guerre asymétrique», explique le Général de Brigades Ibrahima Dahirou Dembelé, chef des Etats major des armées du Mali.
«Les forces de la Misma, Serval et Fama assurent la sécurité des zones nord et nous sommes dans la phase du nettoyage. L’ennemi parvient à effectuer parfois des opérations de Kamikaze mais sur place des dispositifs ont été déployés pour contrecarrer ce genre d’opérations», ajoute le chef des Etats major des Armées du Mali.
Il est vrai que le pire est dépassé mais le Mali reste encore exposé à certains défis qu’il s’apprête aujourd’hui avec dynamisme à relever. Ces défis sont l’organisation des élections pour un retour à la légalité constitutionnelle, la réorganisation d’une armée solide pour mieux défendre son intégrité territoriale et combattre efficacement le terrorisme et toute sorte de crime, l’instauration d’une réconciliation nationale sur des bases solides et l’amorce d’un développement durable capable de juguler les problèmes de sous développement.
Dernière modification : 04/06/2013 13:39:20

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