Nouakchott,  24/11/2010  -  Ancien ministre de la Santé, premier directeur général de l’Hôpital national, Dr Ba Bocar Alpha est l’un des tout premiers médecins du pays. Technocrate, il n’a pas hésité à démissionner de sa fonction de ministre de la Santé parce que, dit-il, « j’étais médecin et je ne voulais pas mener une vie de politicien».Fervent défenseur de l’unité nationale, Dr Ba a demandé aux Mauritaniens, surtout aux générations montantes, de considérer que leur pays a encore besoin d’être construit.
Ces générations doivent comprendre que l’intérêt de la Mauritanie doit primer sur l’intérêt particulier et que ce n’est pas parce qu’on n’est responsable de quelque chose qu’on doit en faire sa chose personnelle.
«D’abord, je vous remercie de venir jusqu’à moi qui n’ai plus aucune signification, pour me demander de me remémorer le passé récent de notre pays. Par la grâce de Dieu, j’ai été assez représentatif de tous les passages de la Mauritanie, de l’indépendance à nos jours.
L’indépendance, pour nous, était un miracle.
Toutes les autres colonies ont eu à faire la guerre de libération par les armes. Nous, nous avons acquis notre indépendance par la parole.
Ça n’a pas été plus facile mais plus efficace.
Nous étions convaincus que la Mauritanie ne pouvait avoir son indépendance que dans la paix et dans l’unité de son peuple et en cela, Dieu nous a aidés. Le colonisateur, avec le peu qu’il connaissait de la Mauritanie, a estimé qu’elle pouvait faire d’elle ce qu’elle voulait et qu’il allait lui octroyer son indépendance au moment où il le voudra.
Ils se sont évidemment détrompés assez rapidement.
Par la grâce de Dieu, nous avons posé, dès le départ, nos véritables problèmes. Il s’agit du problème de l’unité nationale ; le but suprême que nous voulions coûte que coûte réaliser. Cette unité nationale est notre vocation.
Nous avons une religion fédératrice, qui rassemble.
Les problèmes que nous avons rencontrés à l’indépendance, c’est que de toutes les indépendances, celle de la Mauritanie a été la plus discutée et la plus députée, mais nous avons été un petit groupe, avec Sidi El Moctar N’Diaye, notre député, Moktar Ould Daddah, le plus ancien des étudiants de Mauritanie que nous connaissions avant son retour en Mauritanie.
Nous étions restés en relation permanente avec lui pour bâtir l’avenir de notre pays. Nous étions aux premières loges, au moment où tous les problèmes d’indépendance se posaient.
Moi, j’étais médecin à Boutilimit pendant quatre ans. C’est en ce moment que s’est tenu le Congrès d’Aleg.
Nous irons à l’ indépendance tous et unis
Au Congrès d’Aleg, toutes les tribus de Mauritanie, toutes les familles étaient représentées, les familles maraboutiques, guerrières et les gens du Fleuve. Quand tout ce monde s’est retrouvé, nous avons posé le problème de l’indépendance de la Mauritanie. Personne ne croyait que la Mauritanie allait demander son indépendance. Le miracle est que nos anciens, nos chefs de tribus, ont suivi notre idée. Quand au Congrès d’Aleg, tout ça s’est dessiné, les anciens ont dit, vous les jeunes, faites ce qu’il faut, nous suivrons. Nous n’avons même pas besoin de postes. Voilà comment nous avons lancé l’indépendance de la Mauritanie dans l’unité. Auparavant, certains disaient: il faut que le Nord parte de son côté et que le Sud en fasse autant. Nous avons dit Niet. Nous irons à l’indépendance tous et unis. Nous avons donc imposé l’unité et l’union. Grâce à Dieu, tout s’est bien passé sans crash.
J’ai dit auparavant que notre indépendance était la plus discutée parce qu’il y avait la main du Maroc qui voulait nous phagocyter. Nous avons fait comprendre au Maroc que l’indépendance de la Mauritanie ne signifie pas sa rupture avec ce pays ni avec ceux du Nord mais que nous sommes un trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire. Nous avions l’éducation et l’expérience qu’il fallait et la volonté de créer un ensemble humain harmonieux.
Il ne faut pas oublier que bon nombre de citoyens du Sud faisaient leur humanité religieuse dans le Nord. Cela a servi. Chacun avait la bonne parole et la Mauritanie s’est ainsi faite. Elle s’est faite avec des personnalités remarquables. Je cite Sidi El Moctar N’Diaye qui a été un élément fédérateur, un trait d’union. Je cite Moctar Ould Daddah qui, revenu de France où il poursuivait des études, a trouvé un terrain favorable et sans qu’il ne l’ait demandé, nous l’avons mis en avant.
Ainsi, il a été le premier président de la Mauritanie indépendante. C’est de son temps que la Mauritanie a réalisé son indépendance totale.
L’indépendance de la Mauritanie, en parfait accord entre les gens du Nord et ceux du Sud
Ceci dit, un certain nombre d’empêchements, que nous avons eu l’intelligence d’éviter, parce que certains gens du fleuve disaient, il faut qu’on aille à l’indépendance mais avec le Sénégal parce que le fleuve est un fleuve Sénégal mais nous, nous avons dit que le peuple maure et nous constituons le même peuple et nous n’acceptons pas d’être divisés racialement. Voila pourquoi l’indépendance de la Mauritanie s’est faite en parfait accord entre les gens du Nord et ceux du Sud.
La Mauritanie était déjà faite dans les coeurs, chez-moi, par exemple, pendant plusieurs mois de l’année, on retrouve Mohamed Bouna Moctar. Quand Abdallah Ould Cheikh Sidiya venait, on m’avertissait, et je partais chez lui.
Ayant posé les jalons de l’unité, nous avons créé le premier gouvernement qui avait pour tâche de confirmer l’unité de la Mauritanie. Ce qu’on a considéré comme des frictions n’était pas autre chose que les péripéties d’idées nouvelles qui remuaient les populations mais nous avons eu la sagesse de donner à ces idées nouvelles la place qu’elles méritent sans que cela dérange l’assise de la communauté mauritanienne dans toutes ses composantes.
Ceux qui ont fait la Mauritanie, c’est d’abord les griots qui ont chanté l’indépendance, ce sont les grands chefs qui ont voulu cette indépendance.
Hamam Fall, qu’Allah ait son âme, est l’un de ceux qui ont contribué à bâtir l’unité nationale. C’est un mouvement qui n’a pas de limitation, ni ethnique ni régional. Ce sont des gens qui se sont cooptés pour que la Mauritanie soit indépendante.
Les premiers défis étaient d’abord de consolider l’indépendance et d’arracher au colonisateur, la Mauritanie en tant que telle car le colonisateur avait des relations avec certaines fractions.
A travers ces relations, ils ont voulu parfois mettre les bâtons dans les roues mais Dieu veillait.
La priorité des priorités était d’abord de construire Nouakchott qui n’était qu’une halte sur la route Rosso - Atar. Il fallait créer, ex nihilo, une administration avec ce qu’on avait sous la main.
S’agissant des difficultés, au niveau de la santé, la Mauritanie n’avait rien. Nous avions des dispensaires sans médicaments. C’est moi qui ai posé la première pierre de l’actuel hôpital national en tant que ministre de la Santé. Avant la fin des travaux, j’ai démissionné du gouvernement.
Beaucoup de gens l’ont interprété comme des divergences que j’avais avec Moctar avec lequel il était exclu que je sois en désaccord. La mère de Moctar Ould Daddah, Khadijétou Mint Brahim est comme ma propre mère. Quand j’étais à Boutilimitt, elle m’estimait comme son propre enfant.
Je vis de l’air que je respire en Mauritanie
Je l’ai considérée, jusqu’à sa mort, comme ma maman et je me suis toujours considéré en fils et je l’ai entretenue malgré mes moyens modestes. En fait, la raison de ma démission est que j’étais médecin je ne voulais pas mener une vie de politicien. J’ai repris mon métier et me suis mis à la disposition de mon pays. Ainsi, j’ai été nommé premier directeur de l’hôpital national. Il n’ y avait qu’un seul médecin mauritanien au départ. On y comptait quelques infirmiers dont Ould Ahmed Damou que j’ai formé moi-même. Nous avons bénéficié de l’assistance technique française. Certains de ces coopérants ont voulu se comporter en petits colons, je leur ai dit qu’ils doivent travailler sur nos instructions sinon je les embarque dans l’avion. Tel a été d’ailleurs le cas de l’un d’entre eux. En ce moment-là, les soins étaient gratuits. J’ai usé de mes relations personnelles que j’ai tissées pendant que j’étais ministre de la Santé pour demander de l’aide à certains pays amis. Je dois souligner que l’Egypte, au temps où elle était dirigée par Gemal Abdel Nasser, nous avait beaucoup aidés.
Ensuite, une grande organisation internationale est venue me proposer un poste à l’étranger que j’ai décliné car je vis de l’air que respire en Mauritanie. Pourquoi voulez-vous que je change, leur ai-je répondu.
Le conseil que je donnerai aux Mauritaniens, c’est de se convaincre que leur pays continu à être construit. Ils doivent comprendre que l’intérêt de la Mauritanie doit primer sur l’intérêt particulier. Ils doivent comprendre également que ce n’est pas parce qu’on n’est responsable de quelque chose qu’on doit en faire sa chose personnelle. Beaucoup de Mauritaniens pensent que quand on est nommé à une fonction, c’est pour sa famille. Ce n’est pas vrai. La Mauritanie a besoin, dans le coeur de tous les responsables, qu’on soit plus serviteur de la communauté que de s’enrichir à son détriment.
Avec l’aide de Dieu, la Mauritanie est, et continuera à être ». _
Transcrit et réécrit par
Babouna DIAGANA
Dernière modification : 24/11/2010 08:00:00

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