Nouakchott ,  18/11/2010  -  Il s’est adonné à la politique alors qu’il était élève au collège, période au cours de laquelle il participa à l’action militante de revendication du renforcement de l’indépendance nationale. Parmi les premiers jeunes Mauritaniens à travailler à la direction du Trésor à un moment où les étrangers étaient seuls à y exercer, il participa de près à la mauritanisation en douceur de ce secteur vital pour l’économie nationale.
Puis, il entama l’action politique à travers le militantisme syndical dans le cadre de l’effervescence de la première génération de jeunes qui ont pris en main les choses dans le pays.
M. Boidjel Ould Houmeid livre à l’Agence Mauritanienne d’Information ses souvenirs sur ces différents sujets.
Je relaterai mes souvenirs sur la période de l’indépendance et sur le paysage politique des années 60 en Mauritanie, notamment quand j’étais élève au collège de Rosso où je suis entré en 1965.
A cette époque, les élèves s’adonnaient à l’action politique et participaient ainsi au mouvement de la Nahda.
Et, comme vous le savez, il n’était pas prévu que le pays recouvre son indépendance en 1960 à un moment où, la majorité du peuple mauritanien, essentiellement des bédouins, n’était pas en mesure d’appréhender le concept de l’Etat et où, les cadres universitaires étaient au nombre de 12. La Mauritanie n’était pas préparée, ni disposée à accéder à l’indépendance mais, juste après la seconde guerre mondiale et avec le déclenchement de l’Intifada armée des peuples en Algérie et au Vietnam en vue d’arracher leur indépendance avec le soutien des élites conscientes dans ces pays, les Occidentaux étaient contraints d’accorder l’indépendance aux anciennes colonies et ainsi un calendrier d’attribution de l’indépendance à 17 pays africains a été élaboré de janvier à décembre 1960.
Nous avions donc obtenu la nôtre grâce à la volonté de notre colonisateur et les cadres, avec à leur tête Feu Moktar Ould Daddah, ont commencé l’oeuvre de construction nationale et je pense qu’ils y ont réussi en dépit de leur nombre limité mais je pense qu’ils y sont parvenus puisqu’ils en avaient la conviction. Je dois souligner ici que nous avions réussi puisque nous sommes tous des musulmans et l’Islam constituait et constitue toujours pour nous un moyen de protection qui nous empêche de commettre des actes interdits.
Concernant l’administration, j’ai commencé à travailler au Trésor public en 1973 et la majorité écrasante de ses fonctionnaires ainsi que de ceux de la direction du budget était composée d’étrangers (Béninois, Français, Sénégalais…). Mais ces derniers ont coopéré avec les responsables mauritaniens jusqu’à ce qu’une direction parmi les plus compétentes ait été formée. L’Ecole Nationale d’Administration (ENA à l’époque) avait joué un rôle dans ce domaine.
Je n’ai pas besoins de dire ici combien l’administration est importante pour la construction de l’Etat et, à cette époque, l’administration n’était pas politisée et la loi était respectée.
Pour cela, le fonctionnaire accomplissait son travail comme il le fallait et en dehors des heures du travail, il s’adonnait à ses convictions particulières en toute liberté.
Et aucun employé ne fût muté ou remplacé dans sa fonction sur la base de ses positions politiques, fussent- elles opposées ou non à celles du pouvoir en place.
Certes, l’administration a été par la suite politisée mais cela n’était pas dans l’intérêt du pays qui ne pouvait songer au développement sans une administration indépendante et professionnelle.
Le président Moktar a continué à gérer les choses jusqu’en 1978 où, il fût déposé par un coup d’Etat ilitaire dont les auteurs tentaient de mettre un terme à la guerre du Sahara.
Nous, fonctionnaires du ministère des Finances, nous sommes bien placés pour savoir qu’avant la guerre, il n’y avait pas de problèmes de gestion, de paiement de salaires des employés et l’Etat n’avait pas besoin de s’endetter car il détenait des réserves suffisantes en devises. Mais avec la guerre, tout était fini.
A l’époque, il faut signaler que Moktar gouvernait avec un système à parti unique, chose d’ailleurs qui était à la mode en Afrique et était peut être même dictée par le colonisateur qui prétendait que les peuples ’Afrique étaient fragiles et n’étaient pas convaincus de la nécessité de l’Etat car ils étaient fortement ancrés dans les organisations tribales et régionales.
Pour cela, selon cette analyse, le besoin d’un parti unique central se faisait sentir, pour cela, c’était l’idée prédominante régnante en Afrique même au Sénégal qui était le premier pays à appliquer le multipartisme en 1972.
Même au niveau des Syndicats, il n’y avait qu’une seule centrale syndicale.
En 1978, les partis politiques ont été suspendus et Comité Militaire de Redressement National s’est emparé des pouvoirs législatif, juridique et exécutif. Le pouvoir a été centralisé par une seule personne.
Mais les militaires ont rapidement senti que le peuple a besoin d’un système de communication et de mobilisation, ainsi furent créées les comités de volontariat, et par la suite les structures d’éducation de masses jusqu’en 1991 où, le Chef de l’Etat à l’époque a opté pour le multipartisme politique comme l’avait approuvé le Sommet de la Baule où le président français Mitterrand a exigé le multipartisme pour tous les pays qui veulent continuer d’avoir des liens de coopération avec la France et l’Occident.
Ainsi, les conférences nationales pour le multipartisme et la démocratie ont commencé à être organisées dans les pays d’Afrique, sauf en Mauritanie où, le président à l’époque a justifié la non organisation d’une conférence nationale par le fait que même en Occident et en cas d’exception, les pouvoirs du parlement sont transférés vers le Chef de l’Etat, pour cela, il a jugé qu’une telle démarche en Afrique avec les problèmes des Africains qui vise à organiser une conférence avec 1000 personnes, n’est pas envisageable.
En Mauritanie, à l’instar des autres pays qui étaient colonisés par la France, il a été mis en oeuvre une constitution semblable à la constitution française.
Je rappelle ici, que le multipartisme a été, tout comme l’indépendance, offert ou attribué, et avant la fin de l’année 1992, la plupart des pays africains ont appliqué la Démocratie.
Parmi ces traditions démocratiques qu’on nous a imposées, certaines servent l’intérêt national comme les droits de l’homme.
Mais cela ne veut pas dire que toutes les décisions entreprises dans ce domaine nous sont utiles, car seuls les Mauritaniens savent ce qui est utile pour leur pays.
Personne ne peut nier les avantages de la démocratie par exemple, la presse est devenue indépendante, nous disposons de plus de 60 partis politiques, ce qui très important, mais la question qu’il faut se poser est la suivante: Est ce que cela sert les intérêts du pays.
Les Mauritaniens sont appelés à examiner la meilleure voie pour construire leur pays et se poser les questions sur la constitution qu’il faut pour un pays musulman, arabe et africain comme le nôtre, sur le plan de développement suivi, etc.
La Mauritanie dispose aujourd’hui d’un grand nombre de cadres formés dans les différents coins du monde, et nous sommes capables, à travers la concertation, d’aboutir à la conception des meilleurs plans de éveloppement au service du pays.
Nous sommes appelés, au moment où nous célébrons le cinquantenaire de notre indépendance nationale, à procéder à l’évaluation de cette période pour déterminer les points de succès et d’échecs.
Je pense que le parti unique a pu, en son temps, réaliser beaucoup de choses pour la Mauritanie, puisque la politique a été laissée pour les politiciens et celui qui veut être opposant avait l’opportunité de l’être. Le pays a pu se développer parce qu’il était uni et même à l’intérieur du parti unique, les populations ont été sensibilisées sur l’importance du rôle de l’Etat.
A l’heure actuelle, la querelle oppose les cadres et les politiciens mais loin de l’intérêt du pays, et si les pouvoirs publics mettent en oeuvre une bonne action, l’opposition la qualifie de mauvaise et si l’opposition tient un excellent discours, on le qualifie de mauvais.
La politique, j’y suis entré par le biais du syndicat... J’ai été élu en 1975 secrétaire général des syndicats des finances et, lors du congrès de l’Union des travailleurs de Mauritanie en 1981, secrétaire général adjoint de l’Union.
J’ai ensuite rejoint le mouvement «El Horr» dans les rangs duquel j’ai milité et j’ai été détenu pour ensuite rejoindre le parti au pouvoir après l’avènement du multipartisme.
En rejoignant l’administration en tant que contrôleur financier, les diplômés de l’administration étaient en nombre limité et j’étais avec M. Mohamed Baba Ould Sidi (retraité) à la section solde au moment où la majorité de ceux qui préparaient les salaires étaient des étrangers et les salaires étaient à leurs mains.
Nous avions procédé à la mauritanisation en douceur de la direction et des services du trésor public et les cadres nationaux se sont familiarisés rapidement avec le travail dans ce secteur vital pour l’économie du pays.
Le multipartisme, quant à lui, malgré certains aspects positifs, a divisé les Mauritaniens et il n’existe plus une seule direction, ce qui n’est pas dans l’intérêt d’un Etat fragile comme le nôtre.
Nous devons tous comprendre que ceux qui nous ont précédés dans la démocratie s’unissent si leurs pays font face à des dangers et si l’intérêt suprême l’indique.
Pour ce qui est de l’administration, il faut souligner que son plus grand handicap est la nomination de ersonnes n’ayant jamais exercé et qui ont été nommés sur des critères politiques.
A l’époque de Moktar Ould Daddah, des cadres de différentes régions ont été nommés mais ils répondaient à plusieurs critères et le nouveau fonctionnaire est mis en position de stage pendant quelques mois et gravissait tous les échelons de leurs fonctions. _
Traduit, réécrit et mis en forme par
Yacoub Ould El Ghassem
Dernière modification : 18/11/2010 08:00:00

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