Nouakchott,,  15/11/2010  -  Il a exercé le commerce sur la rive gauche du fleuve Sénégal avant de transférer ses activités commerciales en Mauritanie, peu après l’indépendance.
Poussé par son ambition, Mohamed Ould Brahim Ould Deya se lance dans l’industrie. Mais le sous peuplement,
le manque d’infrastructures urbaines et l’inexistence d’un port à Nouakchott, avaient constitué les plus importants défis auxquels il s’est trouvé confronté en posant la première pierre de ce qui serait la première usine de savon en Mauritanie et le premier jalon sur la voie de l’industrialisation dans le
pays.
Nous l’avons interviewé sur des débuts difficiles qui ont marqué un demi siècle de défis et d’efforts visant à montrer qu’il n’est pas impossible de mettre en place une
usine de savon dans le désert mauritanien, «comme disaient certains».
AMI: Vous êtes l’un des premiers importateurs ayant assuré le ravitaillement du marché national en produits de première nécessité, juste après l’indépendance? Quels étaient les principaux défis auxquels vous avez fait face et comment vous avez pu réaliser cet objectif eu égard à la rareté des commerçants?
Mohamed Ould Brahim Ould Deya:
Avant l’indépendance de la Mauritanie, j’exerçais le commerce au Sénégal voisin et après l’indépendance, nous avons transféré nos activités commerciales à Nouakchott au moment où la plupart des commerçants
étaient concentrés à Rosso qui était à l’époque capitale commerciale du pays.
Lorsque je me suis installé en Mauritanie en 1969, j’ai remarqué que la situation commerciale du pays n’était pas au top tant au niveau des importateurs qu’à celui des consommateurs.
En dépit de cela, et malgré le nombre limité des habitants de la capitale et leurs habitudes de onsommation, j’ai ouvert des magasins et commencé à ravitailler le pays en produits de consommation.
Après un certain temps, poussé par l’ambition, j’ai jugé que le commerce n’était pas rentable, j’ai regagné la capitale sénégalaise où existent des sociétés industrielles auxquels j’étais lié par des relations commerciales pour m’informer sur la nature des activités industrielles avant de voyager à Paris pour intégrer le monde industriel.
AMI: A propos de l’industrie, vous êtes le premier à créer une usine de savon en Mauritanie, une expérience réussie, la première en son genre qui vous a permis d’alimenter les marchés malien et sénégalais en savon. Comment avez-vous monté cette usine?
Mohamed Ould Brahim Ould Deya:
Comme je l’ai souligné précédemment, j’ai réalisé une étude de faisabilité pour le projet en me basant sur l’expérience de spécialistes en la matière avant d’aller en France où j’ai fait recours à l’assistance d’un expert français qui a élaboré l’étude de montage de l’usine.
A mont retour en Mauritanie, j’ai préparé le démarrage du projet grâce à l’assistance de Feu Mohamed Ahmed Ould Hamoud, qu’Allah l’accueille en son Saint Paradis.
C’était un ami avec lequel j’étais lié par des relations commerciales. Nous avons mis en place un partenariat et entrepris les démarches d’achat et d’importations de l’usine, avec le concours des Banques (il n’y avait à l’époque que la BIMA et la BIAO).
Nous avions par la suite recruté 7 techniciens sortants du lycée technique, que nous avions envoyés en France pour une formation sur l’exploitation de l’usine qui fût montée à Nouakchott par des ingénieurs français dont l’un était resté avec nous pour assister nos techniciens et garantir le bon fonctionnement de l’usine.
Notre usine, l’une des plus grandes dans la région, produisait (et continue de produire) 80 tonnes de savon quotidiennement, mais la consommation du pays était faible du fait du sous peuplement, du manque de routes bitumées.
Pour écouler notre production, nous avons ouvert des représentations à Atar, à Kiffa, à Rosso, à Kaédi, à Sélibabi, à Nouadhibou qui étaient approvisionnées en savon. Pour cela, les régions frontalières du Sénégal
et du Mali étaient alimentées régulièrement en savon. Ainsi, nous avons pu surmonter les problèmes de mévente auxquelles nous avons été exposés au départ.
AMI: Cette usine fonctionne toujours et là nous revenons à sa création, il y a quatre décennies. Quels étaient les défis auxquels vous avez fait face? Et quels conseils donneriez- vous à ceux qui voudraient intégrer le cercle des investisseurs mauritaniens?
Mohamed Ould Brahim Ould Deya:
Comme vous l’avez souligné, nous avions fait face à d’énormes difficultés au début de la création de l’usine, le sous peuplement ainsi que la consommation limitée du savon étaient suffisants pour nous décourager, mais puisque notre objectif n’était pas limité seulement au bénéfice immédiat, nous avions misé sur l’avenir du pays, sur la rentabilité de l’industrie et de l’usine qui drainait un revenu important pour le trésor public et contribuait à l’emploi de la main-d’oeuvre (60 employés à l’époque) .
Il faut dire que l’usine avait profité de facilités de l’Etat qui s’est engagé à protéger notre usine, à fournir les devises au moment où la Banque Centrale de Mauritanie épouvait des difficultés à couvrir les besoins du pays en devises et les fournirait à un ou deux commerçants par wilaya.
Et comme vous l’aviez souligné également, certains nous disaient que la création d’une usine de savon dans le désert mauritanien est impossible et que les Européens n’ont pas réussi dans ce domaine en raison de l’inexistence d’un port ou d’infrastructures portuaires.
Il faut rappeler qu’à cette époque, les bateaux débarquaient loin et leurs cargaisons étaient transportées à l’aide de petites embarcations dans des conditions difficiles.
Malgré tout cela, nous avions toujours continué nos efforts jusqu’à réussir notre pari en relevant le défi et ce, pour inciter les autres à s’orienter vers l’industrie dans ce pays stable, sécurisé et qui constitue la estinée de tout le monde. J’aimerais dire que l’industrie est le domaine qui profite à tous, le trésor public, l’usine, les citoyens… Le commerce est important mais l’industrie est le domaine prometteur en Mauritanie qui heureusement bénéficie aujourd’hui, d’une attention particulière auprès des pouvoirs publics et des partenaires du pays.
AMI: Nous allons fêter dans quelques jours le cinquantenaires de l’indépendance nationale et comme autant de compatriotes, vous avez sans doute constaté du fait de vos activités au Sénégal et eau Mali que les relations de notre pays avec ses voisins immédiats sont des relations séculaires et chacun de ces pays considère que l’autre constitue un prolongement stratégique pour lui. Avez-vous un mot à dire dans ce domaine?
Mohamed Ould Brahim Ould Deya: Oui, les relations de la Mauritanie avec ses voisins sont des relations solides, séculaires car nous partageons la religion, l’histoire, le destin et le bon voisinage doit toujours être préservé pour mieux servir les populations.
Actuellement en Mauritanie, l’opportunité s’offre plus que jamais pour aller dans le sens du renforcement et de la consolidation de nos relations avec nos voisins pour les hisser au niveau des aspirations des peuples et des gouvernements.
AMI: Certains qualifient le climat offert par la Mauritanie à l’investissement comme étant un climat encourageant, d’autres pensent que la situation au niveau des importations connaît un désordre sans précédent de façon à influencer l’industrie nationale, au moment où un autre groupe soulève des problèmes liés à la douane et aux difficultés de traiter avec les autorités douanières. Qu’en pensez-vous personnellement?
Mohamed Ould Brahim Ould Deya: De façon générale, nous pouvons dire que la situation reste encore influencée par le désordre qui sévit depuis longtemps, ce qui est par ailleurs illogique. Le ministère de l’Industrie est appelé à mettre en place des règles organisationnelles régissant les différentes activités.
Il faut également procéder par des études de faisabilité pour les projets industriels et prendre en considération certains facteurs comme le nombre d’habitants, les besoins du pays en matière de produits industriels avant d’accorder une quelconque autorisation.
Nous sommes, aujourd’hui, contraints de commercialiser la plus grande partie de notre savon, produit dans cette usine qui emploie 80 personnes, vers le Mali et le Sénégal en raison également de l’existence du savon importé de l’étranger, ce qui affaiblit le tissu industriel déjà très couteux et qui contribue positivement dans le circuit économique du pays.
Ce qui conduit à poser la question: Est-ce qu’il est acceptable d’autoriser l’importation en grande quantité de savon alors que ce produit est fabriqué en Mauritanie par une usine qui coûte des centaines de millions et contribue à accélérer la croissance économique du pays?
Cette usine couvre les besoins du pays en savon de qualité et en 1989, j’ai participé à une conférence internationale organisée à Madrid en présence de délégations représentant 100 pays. Et après l’analyse d’un échantillon du savon produit par notre usine à Nouakchott, nous avons obtenu un certificat international d’excellence pour notre savon dans la production duquel interviennent des matières premières locales comme le sel.
Plusieurs équipes d’experts ont visité l’usine et conclu, après analyses, que notre savon est l’un des meilleurs au monde.
Les autorités compétentes doivent agir pour préserver ce genre d’activités et d’usines, du fait de son impact sur l’économie du pays à travers l’organisation d’importations.
Je lance également un appel aux hommes d’affaires du pays pour qu’ils s’orientent vers l’industrie qui est la base du développement économique.
Sans minimiser les efforts économiques de tous les gouvernements qui se sont succédés, la plupart des observateurs font remarquer que les pouvoirs publics en place aujourd’hui accordent une importance toute particulière au développement économique et social du pays.
Et je peux affirmer ici que le climat est propice aux investissements, tout en soulignant le besoin du pays en matière maind’œuvre qualifiée, ce qui nous interpelle pour améliorer la formation des ressources humaines.
AMI: Avez-vous un dernier mot à dire?
Mohamed Ould Brahim Ould Deya: Je me félicite de l’importance accordée à l’industrie et à l’intérêt national, tout en invitant mes concitoyens à se mobiliser en faveur des actions en cours dans le pays et qui sont au service de toutes les couches sociales.
Traduit, réécrit et mis en forme par
Yacoub Ould El Ghassem
Dernière modification : 15/11/2010 08:00:00

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