Nouakchott,  11/11/2010
Parlementaire, administrateur, homme politique, M. Kane Yahya est l’un des acteurs principaux de l’accession de notre pays à l’indépendance. Elu député du Guidimagha en 1951, M. Kane a participé, depuis cette date jusqu’à l’indépendance et audelà, à la vie politique et administrative de notre pays. S’adressant aux générations actuelles, il dira « les aînés se sont sacrifiés pour ce pays. Ils n’avaient en tête que l’intérêt général et ne cherchaient point à s’enrichir. Nous sommes tous sortis des affaires publiques, la tête haute. Nous n’étions mus que par l’intérêt national et le développement de ce pays. Nous
souhaiterions que nos cadets prennent la relève. Pour M. Kane, ce qui est important maintenant, c’est de s’unir autour de notre président de la République qui est entrain de se sacrifier pour l’intérêt de la Mauritanie. «Soutenons-le fortement pour développer notre pays qui a besoin du concours de tous ses enfants ».
HORIZONS: M. Kane, quelles réflexions vous inspire la commémoration du cinquantenaire de l’indépendance ?
M. Kane Yahya : Bismillah Rahmane Rahime. Depuis la fin de mes études, j’ai servi un peu au Sénégal, plus précisément à Bakel, en face de Sélibaby, la capitale de la région
qui m’a vu naître. Je garde de très bons souvenirs agréables puisqu’il s’agit d’événements qui se sont déroulés au moment de ma jeunesse. La Mauritanie est le pays de ma naissance où mon père a servi comme Cadi à Sélibaby, à l’époque de l’administration coloniale. Il était d’ailleurs considéré par certains comme un révolutionnaire. J’ai ensuite été élu sur la liste du parti l’UPM (Union progressiste de Mauritanie) de Sidi El Moctar N’Diaye. Sidi El Moctar N’Diaye était d’une tendance opposée au parti de l’Entente de Horma Ould Babana qui était déjà élu député français. Nous avons cheminé ensemble dans la lutte pour l’indépendance de notre pays, la Mauritanie. Je suis heureux de constater tous les progrès réalisés depuis lors.
HORIZONS. Vous vous rappelez sans doute de la journée du 28 Novembre 1960. Où est ce que vous étiez, ce jour là et quelles occupations aviez-vous eues en ce jour ?
M. Kane Yahya: Comme je vous l’ai dit, j’ai été élu en 1951 comme député du Guidimagha. J’ai participé depuis cette date, jusqu’à l’indépendance à la vie politique et
administrative de ce pays C’était un grand jour pour moi.
HORIZONS: Vous avez certainement connu l’administration mauritanienne du temps où elle était à Saint-Louis du Sénégal. Comment vous trouviez alors cette administration
«nationale» qui était également un peu étrangère?
M Kane Yahya: Nous étions à Saint-Louis alors capitale de la Mauritanie et du Sénégal.
Cette ville relève du Sénégal. La partie où était installée l’administration mauritanienne
était en retrait mais il n’en demeure pas moins que nous n’étions pas chez nous.
Evidemment, on ne travaillait pas dans des conditions idéales et agréables.
HORIZONS: Le Guidimagha, votre région natale, se trouve, sur le plan géographique,à cheval entre les trois pays. Sur le plan des relations commerciales, pastorales, humaines ou autres, cette région était-elle alors plus liée aux régions mauritaniennes voisines.?
M. Kane Yahya : Comme vous le dites si bien, le Guidimagha a comme frontière du côté Est le Mali, du côté Sud le Sénégal. Les riverains de ces frontières sont les mêmes. Il
s’agit des hal pular, de Soninkés. Les maures du côté mauritanien traversaient le Fleuve Sénégal comme s’ils étaient chez eux. Ces populations vivaient harmonieusement
ensemble et se complétaient. Les maures allaient en transhumance au Sénégal et au Mali, sans problèmes. Ils partageaient presque tout avec les populations. C’était une vie agréable. Il régnait une confiance totale entre ces populations.
HORIZONS: Vous avez dit tantôt que vous avez participé aux élections législatives qui avaient précédé l’indépendance. De quel bord étiez-vous à ces échéances et comment
votre choix se justifiait-il ?
M. Kane Yahya: Comme je vous l’ai dit, j’ai adhéré à l’UPM. Nous avions comme adversaire le parti « entente » de Horma Ould Babana. Il y a eu des élections honnêtes et sincères. En ce moment, il y avait ce qu’on appelait les conseillers territoriaux. Ensuite, l’assemblée s’est transformée en assemblée constituante. On s’est constitué comme députés. Et nous avons commencé à lutter pour le développement de notre pays tant sur le plan politique social administratif qu’économique.
HORIZONS : La Mauritanie sortie du néant, il fallait choisir un hymne national, un drapeau, une capitale. Comment tout ça a été fait ?
M. Kane Yahya: Comme je vous l’ai dit, notre capitale était auparavant à Saint –Louis, après nous avons décidé de la transférer en Mauritanie en 1957. Le décret créant l’hymne, les couleurs de notre drapeau ont été adoptés. Ensuite, on s’est installé à Nouakchott où il n’ y avait que quelques hangars, quelques bureaux construits à la hâte. Je me rappelle qu’une salle de classe avait été transformée en Assemblée nationale. Nous avons pris toutes nos décisions dans cette salle.
HORIZONS : Si vous aviez à faire des conseils à vos cadets mauritaniens, qu’est-ce que vous leur suggérerez en cette année du cinquantenaire ?
M. Kane Yahya : Je leur dirai, que leurs aînés se sont sacrifiés pour ce pays. Ils n’avaient en tête que l’intérêt général et ne cherchaient point à s’enrichir. Nous sommes tous sortis des affaires publiques la tête haute.Nous n’étions mus que par l’intérêt national et le développement de ce pays. Nous souhaiterions que nos cadets prennent la relève. Ce pays est très agréable, très aimable, dispose d’une élite bien formée, de bons militaires engagés pour le défendre. Donc, ils doivent tous se donner la main pour qu’on puisse réaliser le rêve que nous caressons pour notre pays à savoir, le développement. Ce qui est important
maintenant, c’est de s’unir autour de notre président de la République.
HORIZONS: M. Kane, est ce que vous pouvez nous parler davantage de votre parcours administratif et politique ?
M. Kane Yahya: Comme je vous l’ai dit, j’ai été élu en 1951 comme député du Guidimagha. J’ai rempli les fonctions de questeur de l’assemblée nationale. En 1963 j’ai interrompu le coté politique pour une carrière administrative. J’ai été nommé chef de subdivision d’Aoun, de Tamcheket, commandant de cercle d’Aoun. J’ai ensuite été nommé gouverneur de la 5ème région (Brakna) qui incluait le Tagant. J’ai également occupé le poste de directeur de l’hôpital national. Président de la chambre de commerce. Je suis très fier d’avoir servi ce pays. J’ai envoyé ma progéniture en formation. Al hamdoulilah, ils sont tous en train de servir ce pays.

Propos recueillis par Diagana Babouna
Dernière modification : 11/11/2010 09:36:00