Nouakchott,  09/11/2010
Didi Ould Soueidi fait partie de la génération des premiers journalistes, ceux qui ont vu naître l’Etat mauritanien. Lui même a dû jouer un important rôle dans l’éclosion d’un journalisme professionnel au service de la Partie. L’objectif premier pour la génération de Didi Ould Soueidi était l’ancrage de l’esprit patriotique et de la citoyenneté, sans compter la promotion du sacrifice pour servir la nation. A travers ce témoignage, cet aîné nous livre les souvenirs qu’il
garde de cette période de l’histoire de la Mauritanie:
«J’étais parmi les premiers à avoir accompagné le militantisme en faveur de l’indépendance en Mauritanie. Nous pouvons dire au départ que la Mauritanie existait car, comme nous le rapporte l’histoire, la Mauritanie a hérité l’Etat des Mourabitounes dont le règne s’est étalé sur tous les pays du Maghreb.
Après la chute des Mourabitounes, la Mauritanie a conservé son entité et son indépendance historique.
A partir de l’invasion coloniale, les Etats se sont disloqués en colonies séparées et la Mauritanie s’est érigée en colonie unifiée jusqu’en 1946, date de l’éclosion d’un semblant d’Etat.
Les Mauritaniens étaient exclus de la politique car ils avaient historiquement montré une résistance interne, sociale et culturelle qui rejetait toute forme de traitement avec le colonisateur.
Ainsi, le pays est demeuré sous protectorat et était représenté par la France et
parfois par le Sénégal qui a accédé à l’indépendance avant nous. Senghor représentait la Mauritanie à l’assemblée française.
En 1946 furent organisées des élections avec comme résultats l’élection, pour la première fois, d’un Mauritanien à l’assemblée française, en la personne d’Ahmedou Ould Horma Ould Babana. Il n’y avait pas de partis politiques et les Mauritaniens étaient partagés, selon leurs visions par rapport aux partis politiques français. C’était avant la naissance de 2 partis politiques, notamment «l’Union
Progressiste Mauritanienne et le parti du Wiam». Horma était membre du parti qui revendiquait l’indépendance et la libération.
En 1951, les élections parlementaires ont abouti à l’élection de Sid’El Moctar Ould Yahya N’Diaye et Horma, candidat du Wiam a été battu.
L’idée d’une autonomie pour la Mauritanie, avec une assemblée territoriale, fût adoptée.
Cette assemblée a été élue et ses prérogatives étaient limitées au vote du budget local.
En 1957, la Loi, qui accordait l’indépendance des colonies, a été adoptée et ainsi, nous avons eu un gouvernement présidé par un Premier ministre qui, lui, dépend du gouvernement français.
Le Premier ministre, Feu Moktar Ould Daddah avait alors disposé d’une majorité à l’assemblée territoriale et la loi-cadre a été adoptée. Le gouvernement avait continué à se réunir jusqu’en 1958 où des perturbations se sont fait sentir avec l’indépendance du Maroc et de la Tunisie.
La revendication de l’indépendance a commencé
à prendre corps et la guerre de libération d’Algérie, considérée jadis territoire français, a été engagée.
La France connaissait, elle aussi, des bouleversements politiques et les changements intempestifs de gouvernements se sont succédés.
Certains gouvernements n’ont duré que 2 mois seulement car nous étions, à cette époque, sous un régime parlementaire et les pouvoirs étaient concentrés entre les mains du Premier ministre français.
La France avait commencé également à sentir les effets de la guerre d’Indochine et de Gaulle avait été appelé par le président de la
4ème République qui l’avait nommé Premier ministre avec un feu vert d’entamer les réformes qu’il juge nécessaires.
Le Général De Gaulle a effectué une visite en Mauritanie et s’était rendu d’Alger directement à l’aéroport d’Atar afin de préparer la nouvelle étape et cela traduisait l’importance stratégique de la Mauritanie pour la France.
De Gaulle assistait à la proclamation de l’autonomie interne des colonies.
A Paris, de Gaulle avait proclamé la 5ème République qui consacra la définition des pouvoirs du Premier ministre et du Parlement en France mais aussi qui avait fait prévaloir l’idée de l’autonomie interne et l’attachement à la communauté française. En 1958, la situation en Mauritanie a été affectée par les bouleversements extérieurs malgré le sentiment général qui prévalait et qui accordait la priorité à la stabilité intérieure de la Mauritanie.
Notre pays avait connu en 1956 une certaine instabilité après la démission de certains membres du gouvernement de Moktar Ould Daddah.
Au cours de cette période, le congrès d’Aleg fût organisé avec, pour objectif, l’unification des partis de l’Union progressiste mauritanienne et du Wiam, fusion qui donna naissance au Rassemblement du Peuple Mauritanien, ce qui a entraîné la remontée du mouvement de la jeunesse qui organisa son
congrès à Nouakchott.
Durant les assises de ce congrès, le mouvement de la jeunesse mauritanienne avait proposé la création du parti de la Nahda qui réclama l’indépendance totale contrairement à l’idée prônée par l’Union progressiste mauritanienne.
Le parti de l’Union Nationale Mauritanienne présidé par El Hadrami Ould Khatri
et le parti des socialistes musulmans au Nord ainsi que 4 autres partis politiques ont vu le jour. Lorsque le mouvement de revendication de l’indépendance a commencé à prendre de l’ampleur, Moktar et son équipe ont adopté une ligne de juste milieu car ils ne sont pas contre l’autonomie interne et, en même
temps, ils ont épousé l’idée de l’indépendance totale et tout le monde a commencé à œuvrer dans le même sens.
Pour nous journalistes, durant cette période précise, notre principal souci était de couvrir tous les évènements en livrant l’information sans commentaires. Tout le monde sentait la ferveur de l’indépendance et l’information en ce temps était essentielle. L’information avait son impact et les populations étaient attachées à deux choses: l’information et la justice. Le nombre de journalistes à la Radio était limité et l’administration était détenue par les Français.
Parmi les premiers journalistes professionnels, on peut citer Abeidi Ould Gharrabi,
Abdallahi Ould Sidiya, qui fût directeur général suivi par Mohamed Mahmoud Ould Weddadi et Khayi Baba Cheyakh.
L’essentiel de l’information était basé sur les dépêches de l’AFP ainsi que l’actualité régionale. Les journalistes à la Radio étaient d’anciens fonctionnaires tels que Abdallahi Ould Oubeid et Ahmed Bezeid Ould Ahmed Miské. A propos de la gestion, les détournements de deniers publics étaient considérés
comme un crime rédhibitoire et les fonctionnaires ne visaient pas l’enrichissement.
Les budgets votés étaient dépensés conformément aux règles d’affectation de façon transparente et les auteurs de détournement étaient méprisés par la société ».
Parlant des perspectives d’avenir, le collègue Didi a dit qu’elles sont prometteuses pour le pays et le peuple. Les ressources sont disponibles, la formation des ressources humaines compétentes s’est développée, « ce
qui importe actuellement, c’est de respecter la loi et les règles morales ainsi que la confiance dans la Patrie et la disponibilité à la servir et
à la défendre.

Traduit, réécrit et mis en forme par Yacoub Ould El Ghassem
Dernière modification : 09/11/2010 08:00:00