Nouakchott,  08/11/2010
«Citant les réalisations à l’actif de son régime, l’ancien Chef d’Etat, M. Mohamed Khouna Ould Haidalla a retenu la création de l’Université de Nouakchott, l’abolition de l’esclavage, l’application de la
Chariaa Islamique, la promulgation de la Loi sur la Réforme Foncière, la mise en oeuvre de la Politique de Pêche et de la Politique d’Industrialisation». Le lieutenant colonel Ould Haidalla, qui répondait aux questions de l’AMI au sujet du cheminement du pays, a en outre cité la position de la Mauritanie qui, de son temps, dit-il, était « plus proche des pays progressistes ».
Lire ci-après cette interview dans son intégralité.
QUESTIONS: Vous étiez au pouvoir lorsque les Structures d’Education de Masses ont été mises en place. Pourquoi ont-elles été créées?
Mohamed Khouna Ould Haidalla: Suite au coup d’Etat de 1978, le pouvoir militaire a suspendu les activités des partis politiques et dissous le Parti du peuple mauritanien.
Nous avons alors conçu ce cadre d’organisation et mis en place un comité interministériel présidé, à l’époque, par le ministre des Finances, feu Ahmed Ould Zein.
Ce comité a, après une seule journée de travail, achevé la conception des Structures d’Education de Masses.
A l’époque, ce projet national s’inspirait de notre culture nationale arabe et musulmane.
Il a été adopté pour faire face au tribalisme, au régionalisme et au racisme.
Cependant, la cellule qui est la base de ce système d’organisation, est composée de 10 foyers qui ne peuvent être en aucun cas issus d’une même composante ou tribu et c’est là l’un des aspects positifs des Structures d’éducation de masses (SEM).
Nous pouvons également citer le rôle sécuritaire des SEM, car la cellule comprend un responsable de sécurité et un responsable administratif chargé de résoudre les questions
administratives en concertation avec les autorités.
Ainsi, ces dernières sont au courant à travers ces deux responsables de tout celui qui entre ou sort sur toute l’étendue du territoire national. Il y avait également un responsable chargé de l’assainissement et la ville de Nouakchott, par exemple, a été nettoyée.
La cellule comprend aussi un responsable chargé de la distribution des vivres et autres aides publiques ce qui, à l’époque, avait garanti la transparence et l’honnêteté de ces interventions.
Nous pouvons donc dire que les SEM se chargeaient de la solution de tous les problèmes posés aux populations mais, en réalité, l’idée ici, consistait à préparer le terrain à un pouvoir démocratiquement élu.
Nous avons même envisagé la tenue d’une assemblée constituante et instauré un comité présidé par le Colonel Hamoud Ould Nagi, chargé d’examiner les voies et moyens à
même de conduire le pays vers la démocratie, les élections libres et transparentes et le retour au pouvoir civil.
QUESTIONS: Quels étaient les secteurs économiques qui ont le plus marqué votre action?
Mohamed Khouna Ould Haidalla: Avant 1980, le secteur des pêches n’existait que de nom et sur le plan des entrées, le gouvernement n’obtenait que de maigres sommes sous
forme de droits sur les licences de pêche.
Et à partir de 1980, nous avons mis en place une politique de pêche visant à développer ce secteur pour qu’il puisse jouer son rôle dans l’économie nationale.
En 1984, 40% des revenus du trésor public provenaient du secteur de la pêche qui procurait aussi 60% des recettes de l’Etat en devises.
J’aimerai souligner un point important dans la réforme de ce secteur, à savoir la création de la Société Mauritanienne de Commercialisation du Poisson (SMCP) qui a joué un rôle de premier plan dans la réussite des politiques de pêche à travers la maîtrise de la commercialisation du poisson en Mauritanie.
Il m’a été donné de constater que cette société a été vidée de son sens en raison de l’implication du secteur privé dans son capital, ce qui l’a rendue incapable de jouer son rôle.
Pour amorcer une véritable réforme dans le secteur des pêches, il faut impérativement revenir à l’objectif pour lequel, le département et la SMCP ont été créés.
L’objectif premier de la politique de pêche que nous avons mise en oeuvre est de mettre en place des infrastructures de conservation et de transformation de tous les produits de
pêche, en plus de la création d’une flotte nationale.
Parmi les résultats de cette politique, des dizaines d’infrastructures de conservation à Nouakchott et à Nouadhibou, la création de plusieurs sociétés à capitaux mixtes, comme la Mauritano-roumaine de Pêche, la Mauritano-russe de pêche etc. ainsi que la création de plus de 20 mille emplois.
Concernant la politique de pêche industrielle, nous avons accordé la priorité à la création de petites unités industrielles pour satisfaire les besoins du pays afin de parvenir à l’autosuffisance.
Dans ce cadre, la Mauritanie a fait face à d’énormes obstacles notamment, la concurrence étrangère, car toute industrie naissante a besoin d’une protection pour pouvoir faire la concurrence aux produits étrangers. Pour cela, nous avons ris des mesures draconiennes pour protéger la production nationale.
A propos de la réforme foncière; elle visait, elle aussi, à faire profiter tout le monde de l’agriculture qui ne devait plus rester une activité exclusive pour une minorité. Bien que nous ne disposions pas de moyens techniques développés dans le domaine agricole, l’agriculture a enregistré une avancée spectaculaire, surtout après la création du Fonds National de Développement et une bonne partie de la population s’est orientée vers cette activité.
Au cours de cette période, il y a eu de grandes réalisations, notamment la création de l’Université de Nouakchott, l’abolition del’esclavage, l’application de la Charia Islamique, la promulgation de la Loi sur la Réforme Foncière, la mise en oeuvre de la Politique de Pêche et de la Politique d’Industrialisation.
Pour ce qui est de la relation de la Mauritanie avec la Banque Mondiale, nous avions refusé la dévaluation de la monnaie nationale, dévaluation considérée dangereuse pour l’intérêt national. Ce que nous avions refusé est une proposition contraire aux intérêts du pays, mais nous avons accepté une dévaluation de l’Ouguiya mais pas au dessous de 5 francs CFA alors que les institutions de Brettons Woods voulaient une dévaluation de l’ordre de 30%.
Et sur la scène internationale, j’ai toujours senti que nous sommes plus proches des pays progressistes et qu’il était de notre devoir de soutenir les mouvements de libération nationale.
Traduit, réécrit et mis en forme par Yacoub Ould El Ghassem
Dernière modification : 08/11/2010 09:24:42