Tribunes

MOULAYE M’HAMED OULD MOULAYE D’KHIL À L’AMI: “Le congrès d’Aleg était une étape décisive dans la création de l’Etat mauritanien”

Nouakchott,  03/11/2010
Moulaye M’Hamed est l’un des fonctionnaires qui ont participé aux chantiers de construction du jeune Etat mauritanien.
Il a occupé de hautes fonctions dans l’administration dont celles de directeur du budget et de ministre des Finances, de député puis de directeur de cabinet du Chef de l’Etat.
Il appartient à la génération des premiers vétérans qui ont consenti des sacrifices énormes afin de lever les défis qui se dressaient devant l’oeuvre de construction nationale.
Il nous livre, dans l’entretien qui suit, les souvenirs qu’il garde de la période qui a vu naître l’Etat mauritanien:
AMI: M. le ministre, pouvez-vous éclairer le lecteur sur les tenants et aboutissants de la fondation de l’Etat, les dates repères et les défis auxquels votre génération a été confrontée?
Moulaye M’Hamed Ould Moulaye D’Khil: Tout d’abord, j’aimerais indiquer que je ne suis pas historien et que je ne m’intéresse pas trop à l’histoire et, pour cela, je me contenterai de souligner les questions pour lesquelles j’ai été témoin, ou que j’ai vécues personnellement.
Concernant, la période de l’indépendance, il faut dire que les Français envisageaient d’accorder l’indépendance à la Mauritanie et que les Mauritaniens eux-mêmes y étaient attachés. Mais les conditions extrêmement difficiles que la France avait connues suite à la fin de la 2ème guerre mondiale, à la naissance de la 4ème République, aux problèmes internes et externes, avaient poussé les Français à adopter une stratégie visant à accorder l’indépendance à leurs colonies.
Cette stratégie, basée sur le référendum «Oui ou Non» en 1957, avait exacerbé les divisions entre le choix de l’indépendance ou la domination et le dernier choix l’a emporté.
A cette époque, le futur président et fondateur de la République était peu connu, car il était interprète jusqu’a 1957 où, il prononça son discours dans lequel il indiqua que le futur
Etat doit englober tous les hassanophones.
Toujours, en 1957, le congrès d’Aleg avait constitué une étape décisive dans la conception d’idées et de thèses sur le projet qui deviendra par la suite la République Islamique de Mauritanie.
Malgré les divergences d’opinions, l’élite dirigée par Feu Moktar Ould Daddah a pu, en fin de compte, élaborer un projet qui a fait l’objet de consensus national.
Il faut également ajouter au rôle on ne peut plus clair de Me. Moktar Ould Daddah, l’appui de la France et de toute une élite d’intellectuels, de cadres et de fonctionnaires qui ont joué des rôles multiples et importants dans la naissance de l’Etat. Nous pouvons citer entre autres Ahmedou Ould Horma Ould Babana, Bouyagui Ould Abidine, Sid’El Moctar Ould Yahya N’Diaye, Bâ Mamadou
Samba Boly et Bâ Abdel Aziz.
Après le Congrès d’Aleg qui fût la première étape dans le processus de création de l’Etat, un dialogue sincère fût amorcé au sein de l’élite intellectuelle qui aboutira en fin à la création du parti du rassemblement mauritanien (PRM).
La Mauritanie est née dans des conditions régionales et internationales complexes et la plupart des Mauritaniens doutaient de la possibilité de la naissance de l’Etat jusqu’au 28 Novembre 1960 où le rêve s’est transformé en réalité.
La gestation était difficile en raison de la rareté, voire de l’inexistence des ressources. Il faut noter que le premier budget de l’Etat en 1961 avoisinait les 34 millions de francs CFA dont la moitié provenait d’un don français et 5% de droits de douanes et d’impôts.
Et puisque les Français constituaient la majeure partie des fonctionnaires de l’administration,
la France était responsable en grande partie de la gestion des affaires de la République. Ainsi plusieurs sociétés françaises s’étaient imposées en Mauritanie pour y investir et ce n’est qu’après quelques années que l’Etat a pu grâce aux efforts de ses fils assurer son autonomie pour ne plus avoir besoin des subventions et des dons de la France.
Les premières années de l’indépendance ont été celles du travail et des efforts des Mauritaniens. Ces années ont abouti à la mise en place d’un budget équilibré, à la conception de projets ambitieux dont certains ont été entravés par des obstacles au milieu des années soixante dix handicapant le développement économique.
AMI : M. le ministre, Avez-vous des conseils pour l’actuelle génération et comment vous évaluez le climat du laisser aller et de la gabegie que le pays avait connu au cours des dernières décennies?
Moulaye M’Hamed Ould Moulaye D’Khil : Avant de conseiller, laissez-moi souligner
que j’étais contraint voyager vers l’Est du pays suite à la maladie de l’une de mes
sœurs et j’ai voyagé dans une voiture appartenant à l’Etat pendant le Week-end et c’est moi
qui ai payé le carburant pour le véhicule.
Après mon retour, j’ai rencontré Feu Moktar Ould Daddah qui s’est informé sur l’Etat de santé du malade, je lui ai dis qu’elle était guérie El Hamdou Lillahi, alors il mettra sa main sur mon épaule en disant tu ne vois pas que nous nous devons de montrer le bon exemple pour les autres, je lui ai dit que j’ai payé moi-même le carburant pour le véhicule, alors le président me dit «en tout cas nous devons montrer le bon exemple».
En 1978, nous avons questionné des membres du comité militaire sur des questions d’ordre financier et sur la transparence de gestion des Chefs d’Etat, ils ont répondu qu’aucun d’entre-deux n’a détourné des fonds publics au cours de son exercice.
J’ai voulu citer ces deux cas pour servir d’exemple dans la gestion saine, car je suis parmi ceux qui croient que l’histoire contribue à la construction du présent et à la préparation de l’avenir.
Je considère donc que l’exigence dans la transparence de la gestion des deniers publics,
l’application de la loi et le respect de la patrie peuvent contribuer à la rectification de la
situation du pays.
Et je crois que la politique suivie actuellement par le Président de la République est en
mesure d’éradiquer la mauvaise gestion et la gabegie et tout ce qui manque est la nomination
de fonctionnaires compétents et expérimentés pour la gestion de la chose publique.
BIOGRAPHIE DE M. Moulaye M’Hamed Ould Moulaye D’Khil
Moulaye M’Hamed Ould Moulaye D’Khil est né le 1er Octobre 1936 au Burkina Faso «ex Haute Volta». Il est originaire de Néma capitale de la wilaya du Hodh Charghi où il fit ses études primaires,
avant de se former à l’école supérieure d’administration en France et de rentrer au pays où il servit dans l’administration.
Entre 1973 et 1980, il résida en France où, il prépara un Doctorat d’Etat à la Sorbonne.
FONCTIONS
-1955-1963: contrôleur adjoint des finances
-1966: Directeur du budget
-1975-1978: ministre des Finances
- Député pendant plus de 10 ans
- Directeur de cabinet du Président Mohamed Mahmoud Ould Ahmed Louly
- Conseiller économique et financier et du personnel à la compagnie Air Afrique
- Président du parti du Centre puis 1er vice-président du parti de l’Action pour le Changement
- Actuellement, conseiller municipal à Néma.

Traduction et Synthèse Yacoub Ould El Ghassem
Dernière modification : 03/11/2010 08:00:00