Tribunes

entretien avec Camara Seydi Boubou Souvenirs du «Père» de la Fonction publique

Nouakchott,  02/11/2010
On présente plus Camara Seydi Boubou aux Mauritaniens, du moins à ceux qui ont vécu les premières décennies de l’indépendance.
Le puissant directeur de la Fonction publique a eu suffisamment de temps pour être connu de tous. Surtout pour sa rectitude et son franc-parler.
Pas question avec lui de tricher, pas question de contourner les textes, pas question d’abuser des textes, en un mot pas question de flouer l’Etat et ’administration.
M. Seydi Boubou était toujours là pour surveiller, pour faire appliquer les textes, même si son affabilité et sa droiture lui interdisent aussi d’empiéter sur les droits des travailleurs.
C’est ce qu’il résumera, comme suit, au premier président: «lors de ma nomination,dit-il, j’ai demandé audience au Président Moctar pour lui dire que j’ai été nommé dans un poste où la loi n’a jamais été appliquée et que j’essaierai de la faire appliquer.
Moctar m’a encouragé et j’ai servi à la fonction publique depuis 1966 jusqu’à ce que je me sois mis à la retraite moi-même en 1984».
Au moment de l’indépendance, se souvient encore Camara Seydi Boubou, «nous avions un seul docteur en médecine, un seul médecin africain.
Nous avons commencé à recruter massivement des cadres avant de créer des écoles de formation pour former les fonctionnaires subalternes».
Il poursuivra en disant qu’à l’époque, l’objectif était de former des cadres mauritaniens
pour pallier le déficit dans ce domaine.
«Les Français, dit l’ancien directeur de la Fonction publique, n’ont formé que les cadres techniques, les agents d’élevage, de santé, des Postes et des Télécommunications».
«L’administration était l’un des secteurs les plus déficitaires, les colons n’ayant laissé
aucun fonctionnaire dans l’administration, même pas un secrétaire dactylo. Ce n’est
qu’en 1962 que nous avons commencé à recruter pour tous les services et corps», nous
dit Monsieur Seydi Boubou qui poursuivra: «en 1966, nous avons créé l’Ecole Nationale
d’Administration (ENA) pour former les cadres administratifs, les secrétaires d’administration, les rédacteurs et les secrétaires d’administration.
Puis nous avons créé l’Ecole Normale Supérieure (ENS), précédée de l’Ecole Normale des Instituteurs (ENI)».
En dépit du besoin criant des administrations, se souvient Camara Seydi Boubou, «le recrutement se faisait en toute légalité" et, précise-t-il, «je supervisais moi-même les
concours de recrutement pour en assurer la transparence et m’assurer que chaque candidat remplissait les conditions».
«A partir de 1966, nous avons commencé à former les Mauritaniens dans tous les coins du monde car tous les pays étaient disposés à nous aider, à l’Est comme à l’Ouest.
C’est, nous a-t-il dit, la formation technique qui posait problème et «nous avons continué à envoyer nos enfants à l’étranger.
Nous avions tellement de bourses car tout le monde
était disposé à nous aider pour que la Mauritanie soit un pays qui pourra assurer sa propre autonomie et former ses propres cadres dans tous les domaines».
A propos des structures locales de formation, il nous a dit qu’en 1981, «nous avons décidé de créer l’Université et il y avait deux tendances:l’une privilégiait la mise en place d’Instituts (technologies, industries, etc.) pour former des cadres moyens dans tous les domaines et l’autre, celle adoptée par le gouvernement, penchait pour la création de l’Université.
«Nous avons instauré une commission d’équivalence de diplômes qui statue en toute légalité pour examiner les dossiers des nouveaux cadres sortants des universités et écoles étrangères», nous a dit Monsieur Camara Seydi Boubou.
«A cette période, le seul problème qui nous gênait était celui des niveaux médiocres de certains parmi les cadres qui revenaient, dit-il.
En 1968, j’ai instauré une réforme, dans le domaine de l’enseignement et j’ai trouvé 24 statuts particuliers qu’il faut appliquer. J’ai été voir le Président Moctar pour lui dire que pour appliquer 24 textes, c’est lourd et difficile.
Nous allons donc faire une réforme avec la loi de 1967 et en 1968 c’était le statut particulier » dit l’ancien directeur qui précise: «nous avons formé des groupes de corps A,B, C, D, suivant le niveau des opérations
(conception, encadrement, exécution) et ce pour tous les corps».
BIOGRAPHIE DE CAMARA SEYDI BOUBOU
Camara Seydi Boubou est Né en 1931 à Dafor, Moughataa de Ould Yengé (Wilaya du Guidimadha).
-1938 à 1945: Ecole primaire à Sélibaby
-1945 à 1948: Ecole Secondaire à Rosso
-1949: Ecole Supérieure Xavier Copolani
-1951: Fonctionnaire de la Colonie sénégalaise (M’Bout)
-1955 à 1960: Commis des PTT à Dakar (Agent d’exploitation) puis cadre de l’AOF.
- En 1960 il refusa la nationalité malienne et choisit de rentrer en Mauritanie «j’ai choisi les bouses de vaches de mon pays au Thieb du Sénégal».
En 1960 il écrit une lettre à feu Moctar Ould Daddah (Vice-président du conseil) qui transmettra la lettre et le dossier au ministre des PTT pour son intégration.
Aux PTT il fût contrôleur, inspecteur, inspecteur itinérant chargé des postes, puis au cabinet du ministre de l’Intérieur, des Postes et Télécommunications.
-1963 à 1964 il intègre les rangs du Parti du Peuple Mauritanien (PPM).
Le 1er Novembre 1966, il est élu au bureau politique national du PPM et désigné Haut commissaire à la Fonction publique.
Député de Ould Yengé aux années 2000.
Dernière modification : 02/11/2010 08:00:00