Tribunes

NOUAKCHOTT CAPITALE DE LA CULTURE ISALMIQUE 2011: Raison d’être, Impact et Perspectives.

Nouakchott,  06/09/2010
Notre pays a entériné le choix par l’OCI de notre Capitale, Nouakchott, comme Capitale de la Culture Islamique pour 2011. Il a en conséquence pris les dispositions requises pour entreprendre les préparatifs nécessaires pour faire face à cette échéance.
Après une expérience de neuf mois qui a permis une prise de conscience aigue des exigences d’une préparation exhaustive de cet événement dans les limites des délais impartis, les Autorités compétentes nationales ont, in fine, opté pour son report jusqu'à ce que les conditions optimales, pour une organisation satisfaisante de l’événement, soient réunies.
D’aucuns seraient tentés de penser que l’acceptation, au départ, de notre pays de la sélection par l’OCI de Nouakchott comme Capitale de la Culture islamique était inconsidérée et infructueuse et que le report de l’échéance de 2011, constitue quant à lui, une dérobade du pays devant ses responsabilités.
Or il n’en est rien ; car quand on considère les conditions dans lesquelles s’est opéré le choix de L’OCI, quand on mesure l’opportunité de l’entérinement de ce choix et l’ampleur de ses retombées sur le paysage culturel National, quand on évalue l’impact d’une célébration éventuelle bâclée de l’événement sur le pays et sur le prestige qu’il doit à son histoire et quand en fin on jauge la détermination des autorités Nationales concernées d’aller de l’avant dans la préparation soutenue de cette célébration ; quand on prend connaissance de tout cela, l’on se rendra alors compte que :
- L’entérinement par les autorités actuelles du pays du choix de Nouakchott comme Capitale de la Culture Islamique constitue en réalité le respect d’un engagement International contracté par le pays ;
- L’acceptation d’organiser en 2011, la célébration de Nouakchott comme Capitale de la Culture Islamique à été une mesure opportune et fructueuse vue l’impulsion appréciable qu’elle donnera au secteur de la culture dans le pays après l’hibernation débilitante qu’il a connue des décennies durant ;
- Le report de la célébration de Nouakchott comme Capitale de la Culture Islamique concerté avec l’ISESCO est, tout compte fait, une décision appropriée, responsable et courageuse, car il est autrement plus judicieux de partir à point et de s’abstenir de toutes précipitations inconsidérée que de foncer la tête baissée dans le mur ;
- L’ajournement de l’Organisation de la Célébration initialement prévue pour 2011 n’est aucunement un ajournement définitif de l’événement. Il ne s’agit en fait que d’un arrêt observé pour une meilleure prise d’élan ; ne dit-on pas en hassanya « qu’il peut se résoudre à marcher lentement celui qui souhaite pouvoir courir !?».

Examinons à présent, un à un, l’ensemble de ces points :
1. S’agissant du choix par l’OCI de Nouakchott comme Capitale de la Culture Islamique au titre de 2011, qui a été entériné par la Mauritanie et qui a motivé des préparatifs soutenus durant l’année en cours, il a été opéré au cours de la 4ième Conférence des Ministres de la Culture des pays membres de l’OCI tenue à Alger en 2004 et confirmé lors de la 5ième Conférence des mêmes Ministres tenue à Tripoli en 2007. Mais les autorités Mauritaniennes de l’époque qui avaient approuvé ce choix n’avaient malheureusement pris aucune disposition pour commencer à temps les préparatifs qu’il requiert ; il en est résulté une perte de temps considérable, temps qui aurait pu être mis à profit pour préparer l’événement comme il se doit. La prise en charge tardive par les autorités nationales actuelles de ce choix a été dictée par le souci de respecter un engagement Internationale contracté par la Mauritanie ;

2. En ce qui concerne la pertinence de la décision d’organiser la célébration de Nouakchott comme Capitale de la Culture Islamique pour 2011 dans le pays et la rentabilité d’un tel exercice en soi, il n’est point besoin d’être un génie pour s’en apercevoir et pour appréhender ses incidences et ces retombées à courts et à moyens termes sur le contexte socioculturel national ; contexte dont le moins que l’on puisse dire est qu’il a pendant longtemps souffert d’un désintérêt total et d’une négligence notoire. La culture dans toutes ses formes et manifestations a jusqu’ici été désappréciée, les acteurs culturels pris pour quantité négligeable, les infrastructures et institutions culturelles quasi-inexistant ; il n’ya jamais eu ni théâtre national, ni conservatoire, ni institut de Musique, ni Palais de Culture, ni Musée national, ni Bibliothèque dignes de ces noms, ni Maison d’Edition ; et les infrastructures existantes sont très peu nombreuses, étriquées, vétustes et inopérationnelles.

C’est dire que le secteur de la culture a toujours été sinistré et le plus grave et que personne ne s’en émeut outre mesure ; si bien qu’il règne dans le pays depuis belle lurette un philistinisme affligeant aggravé par une indigence intellectuelle désastreuse doublée d’une véritable crise éthique. Mais la décision d’organiser, en 2011, la célébration de Nouakchott comme Capitale de la Culture Islamique, a amené les autorités Nationales compétentes à se pencher de prés sur le secteur de la Culture pour diagnostiquer les maux endémiques dont il souffre et déterminer les remèdes qu’il faut y apporter. Ceci a conduit à une réflexion approfondie, la première du genre, sur ce secteur catastrophé, aux fins d’appréhender les carences, les lacunes et les insuffisances auxquelles il faut d’urgence remédier pour, entre autres, mieux se préparer à l’échéance de 2011.
Dans cette perspective, il a été procédé à un inventaire exhaustif des infrastructures socioculturelles et sportives existantes et à une identification de celles totalement absentes qu’il faut créer ex – nihilo. Sur la base de cet inventaire et au vu de l’état des lieux de l’existant, un programme de promotion des institutions socioculturelles, sportives et récréatives a été élaboré.



Ce programme comporte un volet réhabilitions et un volet créations.

La réhabilitation concernera :
- La maison de la culture
- La bibliothèque nationale
- Le musée national
- La nouvelle maison des jeunes
- Le centre de formation des cadres de la jeunesse et des sports
- Les maisons des jeunes dans les 9 moughataas de Nouakchott
- Le stade olympique et les autres infrastructures sportives au niveau des moughataas de Nouakchott.
Le volet création consistera, lui , en la construction de :
- Un palais de la culture
- Une maison nationale des beaux arts qui englobera un théâtre national et un conservatoire de musique
- Une maison d’édition
- Un stade olympique d’une capacité de 20 000 places
- Deux piscines olympiques
- Un circuit sportif auto-moto à Nouakchott
Ceci en plus des infrastructures du genre dont seront dotées les autres wilayas du pays.
Il ressort de tout ceci que l’échéance de 2011, a ,non seulement fourni une occasion inespérée et longtemps attendue, pour se pencher sur le secteur de la culture laissé à l’abandon depuis longtemps, mais elle a également servi de catalyseur qui a créée une dynamique de régénération d’un secteur clef de la vie Nationale jusqu’ici complètement nécrosé. Cette échéance n’a surement pas été étrangère à la détermination des décideurs Nationaux d’entreprendre un vaste programme de réhabilitation de la ville de Nouakchott qui porte sur la mise aux normes des artères de la ville, du système de signalisation et de celui de la canalisation etc… et dont la mise en œuvre a transformé la cité en un vaste chantier, semblable à une ruche d’abeilles ; situation sans précédent , il faut le dire , dans l’histoire de la ville.
Si cet état de choses est enthousiasmant en lui-même, du fait qu’il administre la preuve que le pays possède des ressorts et des ressources sur lesquels il peut prendre appui pour se développer grâce à ses moyens propres, il peut par ailleurs inciter à se faire bien de soucis . Ces soucis sont inspirés par les méfaits de l’absence dans notre mentalité bédouine de la culture de la maintenance. L’illustration la plus patente de cette tare rédhibitoire, est l’état de délaissement désastreux dans lequel se trouve à l’heure actuelle l’avenue Moctar Ould Daddah, la meilleure artère de la capitale qui a été aménagée à grand frais et dans le souci des autorités Nationales de donner un meilleur look à notre capitale. Cette belle réalisation se dégrade à vu d’œil : ces trottoirs, sur lesquels le sable et les immondices de tous genres ne cessent de s’amonceler, se fissurent et des pans entiers de son dallage partent en lambeaux sans parler des multiples nids de poules qui commencent à défigurer l’asphalte. Le pire est que l’espace piétons a été transformé tout le long de l’avenue par des vendeurs de voitures d’occasions dites « El Bourssat » en aire d’exposition de véhicules à vendre ; à telle enseigne que pour les contourner les passants sont obligés d’emprunter le goudron au milieu des voitures avec tout ce que cela représente comme danger.
Ce laisser-aller anarchique résulte de ce qu’il n’y a aucune autorité ni municipale, ni administrative, ni autre qui se considère être en charge de l’entretien, du maintien en bon état et du bon usage de cette infrastructure, ainsi que de la préservation des règles d’hygiène et des normes de civisme et de civilité que requiert la vie citadine. Or il n’est plus admissible que de telles lacunes existent et se perpétuent au grand préjudice de la pérennité et de l’opérationnalité requises des réalisations infrastructurelles dont on s’est efforcé, au prix de grands sacrifices, de doter le pays.
En tout état de cause, il est loisible de dire que l’effort considérable déployé en faveur du secteur de la culture et les grands travaux de réalisation que connait notre capitale et qui vont lui faire prendre un coup de jeune, sont à mettre directement ou indirectement en rapport avec la célébration de Nouakchott comme Capitale de la Culture Islamique qui était prévue en 2011 ; ce qui confère à la décision d’organiser cette célébration une importance capitale.
3. Concernant la décision de reporter la célébration jusqu'à ce que les conditions adéquates pour son organisation satisfaisante soient réunies, il s’était agi, comme nous l’avons mentionné plus haut, d’une décision réfléchie, appropriée et responsable.
D’autant plus, qu’elle n’a été ni improvisée unilatéralement, ni parachutée d’en haut, ni prise à l’aveuglette ; elle est au contraire intervenue après mure réflexion et à l’issue d’une large concertation entre les membres du comité technique de pilotage chargé du suivi du projet de Nouakchott Capitale de la Culture Islamique pour 2011 ,qui ont convenu, à l’unanimité, au cours de leur 3ième réunion de l’opportunité de reporter cette échéance jusqu'à ce que les préparatifs appropriés soient accomplis , tant il est hasardeux de se montrer volontariste au point de tenter de faire l’économie de toutes les préparations indispensables à ct effet. Or rien, comme on dit ne sert de courir, il faut partir à point. L’adage bien de chez nous ne dit-il pas que la course doit avoir des yeux ?

4. S’agissant de la détermination des autorités Nationales d’organiser la célébration reportée, aussitôt que les conditions satisfaisantes pour ce faire sont réunies, c’est un fait d’autant plus confirmé que les autorités Nationales concernées ont une conscience aigue de ce que cet événement peut booster le prestige du pays, améliorer son image de marque, le place sous les feux de la rampe suffisamment longtemps pour le rendre visible au monde et médiatiser à satiété son apport au patrimoine culturel Arabo-islamique et à la civilisation universelle. De plus le renoncement définitif à cet événement et d’autant plus inconcevable pour les autorités Nationales qu’il entre, ipso facto, en contradiction avec leur volonté résolue de promouvoir la culture comme levier Socio-économique et comme facteur d’urbanité et de civilisation.

En résumé l’on peut dire que la décision des autorités Nationales actuelles du pays d’entériner le choix par l’OCI de Nouakchott comme Capitale de la Culture Islamique pour 2011, n’a pas été arbitraire ni inconsidérée, elle a, au contraire, été la preuve du respect des ces autorités des engagements Internationaux de la Mauritanie. Cette décision n’a pas non plus été inopportune ou infructueuse pour le Pays, puisqu’elle va permettre de recomposer, restructurer et redynamiser le secteur Culturel du pays.
La décision du report de l’événement à une date mieux étudiée est, quant à elle, une preuve de maturité de responsabilité et de sagesse. Pour ce qui est du maintien de l’échéance, il ne fait pas de doute, car il constitue une option du pays dont rien ne justifie l’abandon ; et la préparation judicieuse de cette événement continuera en étroite coordination avec l’ISESCO. Cela ne prendra que le temps qui lui est nécessaire, ni plus ni moins.
Et comme ont dit « tout viendra à point pour celui qui sait attendre »

Nouakchott le 05 Septembre 2010
MOUHAMED LEMINE OULD KETTAB
Dernière modification : 06/09/2010 11:00:00