Tribunes

Inondations: Un mal qui en rappelle d’autres

Nouakchott,  06/09/2010
Dr. Sidi El Moctar Ahmed Taleb
Depuis quelques semaines, ce mot, «inondation», remplit les bouches de la classe politique, occupe un espace et un temps importants dans la presse écrite et audiovisuelle et, enfin, préoccupe beaucoup de citoyens directement affectés ou affectueusement et sentimentalement solidaires avec les victimes.
Comme le sait-on, une inondation est une «submersion plus ou moins rapide d’une zone, provoquée principalement par des pluies importantes, durables ou exceptionnelles lors de phénomènes orageux».
Un cas particulier en constitue les débordements d'ouvrages artificiels tels que retenues
ou réseaux d'assainissement, les tsunamis et le déluge ou «la Grande inondation submergeant la Terre racontée dans le Coran (Al Touvane)» à l’époque de notre prophète Nouh (Noé), Paix Sur Lui.
S’agissant des inondations qui se sont passées chez nous ces dernières semaines, non seulement leurs effets continuent de se faire sentir, mais il paraît aussi que des localités restent encore menacées par des ouvrages de protection qui risquent de céder; le risque d’une tempête littorale ou submersion par la mer de Nouakchott ou d’une partie de la ville, étant présent en permanence d’après les spécialistes qui excluent cependant, dans notre zone, ce genre de phénomènes marins en cette saison précise.
A propos, un mal soit il ne vient jamais seul comme on dit, soit il rappelle d’autres dont l’analyse, dans le cas de figure, aiderait à comprendre l’origine des dégâts, à situer les responsabilités et à découvrir l’importance de la dimension préventive dans les politiques nationales de gestion des risques (catastrophes naturelles).
A cet égard, on soutient que les effets des présentes inondations auraient été aggravés par trois facteurs essentiels, à savoir l’insuffisance et la mauvaise qualité des infrastructures par rapport aux réalités géographiques ou hydrogéologiques des zones sinistrées, l’absence d’une vraie politique nationale multidimensionnelle de gestion des risques et enfin le fait que les pluies sont tombées au moment où les sols sont encore asséchés et leur capacité d'absorption et d'infiltration fortement diminuée, ce qui accroît généralement le ruissellement.
Pour ce qui est des infrastructures, la rigueur aurait manqué, par le passé, dans l’étude de faisabilité et d’impact lors de la réalisation des ouvrages (ponts, digues, barrages, routes bitumées) et dans le respect des normes en ce qui concerne notamment la nature des matériaux, leurs caractéristiques et, le cas échéant, leurs dosages.
Il paraît en effet que les marchés publics relatifs aux infrastructures ont toujours été affectés par des phénomènes tels que la corruption, la sous-traitance (le 1er gagnant du marché le cède à une 2ème personne et ainsi de suite) et les facilités accordées aux entreprises nationales par rapports aux exigences appliquées à leurs concurrentes étrangères admises à la soumission aux appels d’offre.
La stratégie des gestionnaires concernés directement par la réalisation des infrastructures, a semblé aussi consister à ce que la durée de vie de ces dernières soit la plus courte possible pour que les phases de construction-grande réparation-reconstruction, véritables sources d’enrichissement, puissent s’enchaîner à l’infini.
Quelques centimètres de moins sur la largeur d’une route ou quelques kilomètres grignotés sur une longue distance et des économies sur les matériaux de la sous-couche d’une route, sur les granulats, sur les dérivés du pétrole (bitume, carburant, pesticides..) et sur la chaux hydraulique et/ou le ciment, peuvent générer des sommes colossales que partagent les maîtres d’oeuvre et d’ouvrage, et le Bureau de Suivi Contrôle avec leurs protecteurs dans chaque système.
La même stratégie pourrait être, elle aussi, observée à travers les modifications permanentes des locaux administratifs et le recours, sans cesse, à des extensions au lieu de construire des bâtiments imposants, conformes aux normes techniques et architecturales requises et capables de résister des siècles durant.
Les cas de plusieurs édifices
publics bâtis à Nouakchott illustrent la volonté de chaque gestionnaire de passer des marchés sans se soucier de l’harmonie globale des locaux et sans non plus résoudre
définitivement le problème de l’espace, avancé souvent comme principal leitmotive pour de tels agissements.
Quant à la question relative à la gestion des catastrophes naturelles, il sera obligatoire, à l’avenir, de disposer d’un plan d’urgence, issu d’une politique nationale de prévention des risques et en harmonie avec un plan national d’urbanisme; ces documents devant être officiellement adoptés (loi), rigoureusement appliqués et largement vulgarisés.
En cas de catastrophe, la disponibilité de tels plans à l’échelle régionale, départementale et même locale, et de réseaux d’assainissement compatibles avec ces mêmes plans, atténuerait certains dégâts, éviterait d’autres et faciliterait, au
besoin, les interventions de sauvetage et d’aide des sinistrés.
De même, les études de faisabilité des infrastructures devront prendre en compte, entre autres, les spécificités des reliefs, des sols (pédologie) et de la pluviométrie
eu égard à leurs liens étroits avec la nature et la qualité des ouvrages à réaliser. Des points névralgiques tels que Licreye’a, Al ghaira, Jewk, Kamour et la digue de Kaédi
devront prioritairement trouver des solutions techniquement et durablement
fiables.
L’espoir dans la prise d’initiatives capables de déclencher une dynamique qui privilégie la vision éco systémique existe aujourd’hui grâce au pouvoir actuel. Il s’agit alors d’une approche qui intégrerait, outre le Département chargé de l’Urbanisme, l’action des Ministères chargés de la Décentralisation (collectivités locales), de
l’Equipement, des Transports, de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de l’environnement pour un programme de prévention des risques, notamment majeurs.
Quant au Président de la République, il revient, à son Excellence, la poursuite de sa politique de lutte contre la gabegie afin de rendre « inconsommables » non seulement le goudron mais d’autres ingrédients tels que le fer, le ciment, la roche, la terre, le bois et ses sous-produits dont la cellulose.
Ne doivent non plus échapper à sa vigilance, les dépenses liées aux études, à la lutte contre le terrorisme ou à la promotion de la démocratie et des droits de l’homme.
Il serait opportun aussi, à ce sujet, de mettre en place un nouvel organigramme de l’Etat qui redéfinit davantage les missions des départements à caractère transversal,
met en avant les priorités en matière d’orientations politiques et/ou économiques et assure l’efficience de l’action du Gouvernement en éliminant les chevauchements
et clarifiant suffisamment les interrelations entre les différents organes de l’Etat et la logique de leur création (nombre et missions).
Dernière modification : 06/09/2010 09:30:00