Kaédi,  13/08/2010
Le développement de l'agriculture dans notre pays constitue actuellement une priorité pour les pouvoirs publics qui n'ont épargné aucun effort pour préparer minutieusement cette année la campagne agricole 2010 - 2011.
Au Gorgol, les superficies cultivées sont estimées à 22000 hectares sous pluie et 21500 ha pour la décrue.
Dans une déclaration à l'Agence mauritanienne d'Information (AMI), le délégué régional du ministère du développement rural, M. Sidi Mahmoud Ould Doussou a indiqué que les retenues d'eau (barrages, digues et diguettes) sont déjà remplies dans la moughataa de Monguel et à 25% au niveau de celle de M'Bout.
Il a ajouté que la distribution aux agriculteurs de 27 tonnes de semences (mil dans toutes ses espèces et haricot) pour le Djieri est déjà achevée dans la moughataa de Kaédi et se poursuit dans les autres moughataa de la wilaya.
Dans le domaine de l'irrigué, les superficies qui doivent être encadrées par la Sonader sont estimées selon le directeur régional de la Sonader au Gorgol, M. Ba Mamadou Oumar, à 3278 ha dont 650 ha au PPG 1 (petit périmètre pilote du Gorgol), 1000 ha au PPG 2. Il a précisé au correspondant de l'AMI sur place qu'au niveau des PPG 1 et 2 le labour est terminé et que les parcelles sont au stade de mise en eau et de semis alors qu'au niveau des petits périmètres 218 ha sont déjà repiqués et 330 autres en pépinières.
Le directeur régional a fait remarquer cependant que l'insuffisance de tracteurs pour effectuer le labour à temps et l'enclavement ont conduit certains agriculteurs à porter leur préférence sur la culture de la patate douce à Foum Gleita et du sorgho au périmètre de Maghama.
Une visite du correspondant de l'AMI au PPG 2 et 1 le 10 août en compagnie du directeur régional de la Sonader lui a permis de constater sur le terrain que certains des paysans sont au stade de désherbage, d'autres celui de curage des arrosoirs et que peu d'entre eux sont au stade de semis. Il a pu voir des brèches d'un mètre de large parfois creusées sur les digues des canaux primaires et secondaires par les agriculteurs pressés d'avoir de l'eau.
Selon le directeur régional, ces agriculteurs n'auraient pas du détruire les digues. Il a souligné, dans ce cadre, que l'irrigation des parcelles doit se faire à partir des arrosoirs que les paysans doivent curer eux-mêmes dès le début de la campagne. "Ils sont tous pressés d'avoir de l'eau en même temps et ne font pas l'effort nécessaire pour cela." a-t-il lancé avant d'ajouter: "cela n'est plus possible".
Au cours de la visite des parcelles du PPG 2 et au niveau de l'une d'entre elles, un homme, la soixantaine, qui creusait avec ses amis un arrosoir se détache d'eux et interpelle le directeur régional à notre passage.
"Nous n'avons pas d'eau" dit-il. Comme pour montrer son sens de responsabilité cet homme, M. Youba Konaté ajoute: "regarde, les agriculteurs sont en train de creuser des brèches sur le canal principal pour avoir de l'eau avant de poursuivre d'un air étonné "ce n'est pas normal, personne n'a le droit de pirater sur les canaux".
Cet homme, les mains, une partie du visage et les vêtements pleins de boue, précise à l'AMI que lui et ses amis "ont achevé le labour et il ne leur reste plus qu'avoir de l'eau pour finir de semer dans une semaine leurs parcelles".
Un autre agriculteur, M. Abdoul M'Baye, qui se joint à nous, pose lui aussi, le problème du manque d'eau mais reconnaît cependant que l'engrais qu'il a acheté à 107 ouguiya le kilogramme est de bonne qualité.
Cette année, les semences disponibles à Rosso sont du "bon à semer" qui renferme plusieurs variétés. Ce "bon à semer" n'est pas apprécié par les paysans qui lui préfèrent la variété Sahel 202. Cette préférence s'explique, selon le chef de service de la vulgarisation à la direction régionale de la Sonader, M. Tuadey Mangassouba par le fait que Sahel 202 pèse plus lourd que le 108 qu'il tale bien et au moment de la maturité, sa plante ne dégraine pas, même si elle est couchée. M. Mangassouba fait remarquer, ensuite, qu'au delà du 15 août, les vulgarisateurs déconseillent aux agriculteurs de semer Sahel 202 qui a un cycle long et qui risque, s'il est semé en retard d'avorter lorsqu'il fait face au froid au stade de la maturité.
Dans le cas où la campagne est en retard, comme cette année, poursuit-il, nous demandons aux agriculteurs de choisir le 108 qui a un cycle court mais dont l'inconvénient, d'après lui, est qu'en cas de maturité, la graine se détache de la plante. Le chef de service vulgarisation précise enfin que le manque de moissonneuse à Kaédi entraîne une perte chez les agriculteurs s'ils ne récoltent pas très tôt au cas où ils utilisent le 108 par contrainte.
A la fin de la visite des périmètres, M. Ba, qui reconnaît que de gros efforts ont été consentis pour faire réussir la campagne agricole, préfère s'abstenir de donner son avis sur l'avenir de la partie riziculture avant la fin du mois d'août. Reste à savoir si les importants efforts fournis par l'Etat porteront leurs fruits sur le terrain.

Par Ali Ould Ahmed Sidi

Dernière modification : 13/08/2010 08:00:00