Tribunes

Dakar entre la désuétude et l'actualité

Nouakchott,  07/08/2010
L'initiative de dialoguer directement avec le peuple, que vient de prendre le Président de la République constitue en soi, une belle leçon de démocratie directe et une grande première dans notre pays.
Elle participera, sans nulle doute, si elle est institutionnaliseé l'instauration d'une pratique et d'une culture démocratiques.
Le Président a confirmé son mode d'action politique qui consiste à aller directement vers le peuple, sans intermédiaire aucun, soit par dialogue direct, soit par des visites périodiques sur le terrain, afin de s'enquérir de ses préoccupations, de ses besoins qu'il prend bras le corps pour les régler.
Les priorités données aux couches populaires les plus démunies afin de relever leur niveau de vie, la lutte pour la sécurité et la défense du pays, la transparence et la lutte contre la gabegie, ont été confirmées.
Le principe de l'ouverture et du dialogue avec l'opposition est confirmé pourvu qu'elle respecte les fondamentaux de la démocratie et joue son rôle d'opposition démocratique face à un Président désormais fort de sa légitimité populaire et revigoré par sa capacité avérée d'agir.
Devant cette situation, force est de reconnaitre que nous sommes aujourd'hui loin du contexte dans laquel l'accord de Dakar a été concocté.
La référence formelle à cet accord dans la situation actuelle du pays se heurte à notre exigence de souveraineté et pose de ce fait un problème même si, sur le plan du contenu certaines de ses recommandations restent d'actualité.
En effet, l'accord de Dakar était intervenu dans une situation de rupture de la légalité constitutionnelle et n'avait pour objet que d'aider à rétablir cette légalité. Il ne peut donc pas, et ne pouvait pas, avoir vocation de continuer gérer indéfiniment notre pays.
Le contraire serait une atteinte portée à notre souveraineté intérieure et extérieure.
La Mauritanie est un pays indépendant et souverain qui n'est ni sous tutelle, ni sous protectorat.
Des lors qu'elle s'est dotée démocratiquement de l'ensemble de ses autorités constitutionnelles, le pouvoir de l'Etat doit s'exercer avec tous les attributs de la souveraineté. Il doit être originaire c'est dire qu'il ne prend sa source que de lui-même, Il doit être exclusif c'est-à-dire qu'il s'exerce seul, sans concurrence.
Et il doit être illimité c'est-à-dire s'exercer sur toute l'étendue du territoire national.
Je reste persuadé, que si c'tait un des candidats de l'opposition qui avait gagné les élections présidentielles, qu'il n'accepterait pas aujourd'hui de se soumettre à l'obligation de gérer indéfiniment la politique du pays sur la base de cet accord de Dakar, ou de quelque autre accord que se soit, du même genre.
Je reste également persuadé que notre classe politique entière, opposition et majorité confondue, garde intacte sa capacité d'appréciation des défis et son intelligence des rapport de forces, pour nouer les uns avec les autres, un pacte politique même tacite, pour toute action relative aux causes essentiellement consensuelles qui touchent les intérêts fondamentaux du pays.
Ce sont les défis dont on fait face au plan national, régional et international qui nous l'exigent.

Sow Abou Demba, Ancien Ministre des affaires étrangères

Dernière modification : 07/08/2010 14:00:00