Tribunes

L'Urgence de créer une maison d'édition

Nouakchott,  07/08/2010
Cinquante ans après son accès à l’Indépendance Nationale, la Mauritanie ne dispose toujours pas d’une Maison d’Edition à proprement parler. Ceci constitue, est-il besoin de le dire, un handicap de taille pour un pays comme la Mauritanie qui a été depuis le 11ième siècle un véritable foyer de rayonnement culturel et qui, depuis les années 80 s’emploie, non seulement à se réapproprier son prestigieux passé et à réhabiliter son identité culturelle oblitérée par un demi siècle de colonisation, mais aussi à démocratiser l’accès à la culture et disséminer le savoir à travers notamment l’accroissement soutenu du taux de scolarisation, la lutte continue contre l’analphabétisme et la traduction dans les faits d’une stratégie de savoir pour tous à l’échelle nationale; les objectifs visés à moyen et à long termes étant la valorisation du capital humain, condition sine qua non du développement économique, social et culturel de la Nation Mauritanienne.
Or pour optimiser l’exploitation de cet immense héritage culturel National, stimuler la recherche scientifique et impulser la production intellectuelle dans le pays, il est impératif qu’une Maison d’Edition répondant aux normes internationales requises y soit créée sans plus tarder.
Toutefois pour que sa création soit pleinement justifiée il faudra que cette Maison d’édition soit fonctionnelle et rentable; et sa rentabilité ne doit pas se mesurer uniquement à l’aune de recettes financières qu’elle pourrait générer mais aussi au regard de l’impact multidimensionnel qu’elle pourra avoir sur l’environnement au sein duquel elle sera implantée et aura à fonctionner; autrement dit cette institution devra être conçue autant comme une entité commerciale à but lucratif que comme un instrument de promotion culturelle et de développement socio-économique de la communauté Nationale dans son ensemble.
Pour être à même d’apprécier la viabilité de cette Maison d’Edition, d’évaluer sa rentabilité, de quantifier son apport, de mesurer son impact par rapport au contexte National où elle va être opérationnelle et pour juger in fine de l’opportunité même de sa création et de sa mise en fonctionnement, il convient de jeter sur ce contexte un regard attentif et exhaustif qui embrasse les dimensions géographique, historique, économique, institutionnelle, sociale et culturelle.
L’examen de ces aspects permettra en effet de déterminer l’envergure de la Maison d’Edition à mettre en place, son modus opérande, les moyens matériels et humains qu’elle devra mettre en œuvre et le statut juridique qui doit régir ses activités, et ceci au regard des différentes dimensions du pays, en l`occurrence:
La dimension Géographique
La Mauritanie est située entre le 15° et le 27° latitude Nord et le 5 et le 11°degré longitude Ouest, elle occupe de ce fait une position charnière entre l’Afrique du Nord et l’Afrique Saharienne et constitue une transition entre le Maghreb et les pays du Sahel et partant entre le monde Arabe et l’Afrique Noire. Le pays est limité au Nord-Ouest par l’Algérie et le Sahara Occidental, à l’Est et au Sud-est par le Mali, au Sud par le Sénégal et à l’Ouest par l’océan Atlantique, la longueur totale de ses frontières est de 4600 km.
La Mauritanie couvre une superficie de 1.030.700 km, elle s’étend du Sud au Nord sur 1400km, d’est en ouest sur 1300 km et elle possède 750 km de côtes. Etant comprise entre la zone saharienne et la zone Sahélienne, la Mauritanie est soumise dans sa partie septentrionale à un climat chaud et sec et à un climat chaud et relativement humide de type sahélien dans sa partie méridionale. Le régime de pluies est déterminé par la mousson qui fait que la saison pluvieuse s’étend généralement du mois de Juillet au mois de Septembre.
En termes de découpage Administratif, le pays comporte 13 Willayas, 54 Départements, 33 Arrondissements et 218 Communes.
La dimension Historique
A l’aube de l’histoire, bien avant le desséchement du Sahara, la Mauritanie actuelle était habitée, comme l’atteste les gravures rupestres qui s’y trouvent encore par des groupements humains d’origine hamito-Méditerranéenne, ayant un fond linguistique et socioculturelle commun.
Il s’agit en l’occurrence des Numides, des Gétules et des Garamantes appelés les Libyco-berbères par leurs contemporains Gréco-romains, il y avait aussi dans le pays d’autres peuplements de race noire ,ceux-là , notamment, les premiers habitants d’oasis dont l’origine remonte au néolithique : les peuhls pasteurs bovidiens originaires du haut Nil et les Soninkés fondateurs, à une époque ultérieure, de l’empire du Ghana, qui englobait le Sud-est Mauritanien.
Par la suite, les tribus Sanhadjas se sont rependues dans tout le pays grâce au chameau qui a été introduit dans la région vers le 1er siècle de l’ère Chrétienne.
Puis, au 11ième siècle, naquit sur les rivages Mauritaniens le mouvement politico-religieux des Almoravides qui bouleverserait la vie sociopolitique du royaume du Ghana au Sud et ceux du Maroc et de l’Espagne Musulmane au Nord.
Entre le 14ième et le 17ième siècle, les tribus arabes Hilaliennes venues de la Péninsule Arabique via l’Egypte, la Tunisie et le Maroc pénétraient par vagues successives en Mauritanie.
Ayant établi leur ascendant militaire sur les tribus Sanhajas autochtones, les nouveaux venus Arabes établissent entre le 17éme et le 18ième Siècle les Emirats du trarza, du Brakna , de l’Adrar en même temps que s’établit à l’Est du Pays l’Emirat du Tagant. Avec le passage du temps et à la faveur du puissant facteur unificateur que constitue l’Islam, le brassage entre tribus arabes et sanhajas s’est progressivement effectué ; ce qui a conduit à une intégration poussée entre les deux ensembles tribaux qui se sont inextricablement imbriqués pour former la société largement arabophone Mauritanienne Actuelle.
En outre les échanges qui se sont établis depuis le 16ième Siècle entre les Emirats Mauritaniens et les puissances occidentales, les rivalités et les guerres qui les avaient opposées, ont à terme ,conduit à la colonisation de la Mauritanie par la France à l’aube du 20ième siècle.
Ainsi en 1904, la Mauritanie devient protectorat Français, en 1920, elle est transformée en colonie Française, avant d’être arbitrairement incorporée à l’Afrique Occidentale Française. Ayant approuvé par voie référendaire la constitution de la 5ième République Française, le pays devient membre autonome de la Communauté Française de l’AOF et le 28 Novembre 1960 il accède à l’Indépendance Nationale. Il a par la suite connu une évolution politico-institutionnelle qui aboutit à l’instauration de la 3ième République et l’adoption, à partir de 1992, du pluralisme politique qui est en cours à l’heure actuelle.
La dimension Sociale
La population Mauritanienne dont le nombre est estimé actuellement à 3.500.000 habitants, est une population pluri-éthique composée d’une majorité Arabophone qui constitue avec des communautés Pulaar, Soninké et wolof un tissu social dont le caractère distinctif national s’affirme au fil du temps.
Le taux de croissance démographique de cette population, sa segmentation socioprofessionnelle et sa répartition géographie sont déterminées par les spécificités historique, climatique, économique et culturelle du pays.
Ainsi le taux d’accroissement annuel de la population, est de 2, 4, l’indice synthétique de fécondité est de 5 enfants par femme en 2000. L’espérance de vie est en moyenne de 57.5 ans en 2000. La densité sur le territoire national est de 2,5 habitants au km carré. Le taux d’urbanisation est passé de 5 % en 1960 à plus de 38,8% en 2000. Corrélativement, le nombre de nomades est passé de 90% de la population totale en 1961 à 5 % en 2000.
Selon les chiffres de l’ONS, la population active (15 à 59 ans) est estimée en 2007 à 1533360 personnes. Elle est employée pour 51% dans le secteur primaire, 6,12% dans le secteur secondaire, de 42,9% dans le secteur tertiaire. Ces secteurs participent respectivement pour 24,8%, 29,5% et 45,7% au PIB (chiffres ONS 2001).
La dimension économique
Selon les critères des institutions de Bretton Woods (revenu moyen par tête d’habitant, taux de développement humain, volume de la dette extérieure etc…), la Mauritanie appartient à la catégorie des pays pauvres les plus endettés.
L’économie Mauritanienne comporte grosso-modo, trois secteurs plus ou moins articulés à savoir : le secteur traditionnel qui comporte les activités agro-pastorales, le secteur moderne qui englobe les activités industrielles d’extraction et la transformation minière et celles des traitements des produits de pêche en plus des autres activités tertiaires diverses et enfin le secteur informel qui comporte une large gamme de petits métiers aux contours plus ou moins définis.
Les différents programmes d’ajustements structurels et des reformes économiques et institutionnelles qu’ils ont favorisées, ont permis à la Mauritanie d’être déclarée en 2000 éligible à l’initiative renforcée pour la réduction de la dette des pays pauvres très endettées (PPTTE).
Les ressources qui ont été dégagées grâce à l’allégement de la dette du Pays, ont été affectées à des actions ayant des incidences directes sur les conditions de vie des populations; en l’occurrence: les infrastructures de bases, la santé, l’éducation, des programmes ciblés de lutte contre la pauvreté. Ainsi, a été élaboré un cadre National de la lutte contre la pauvreté (CSNLP) qui prévoit la mise en œuvre au cours de la période de 2002 à 2004 des reformes économiques et sociales visant notamment:
L’amélioration de l’environnement du secteur privé
Le développement des ressources humaines et des services de bases.
Les consolidations du processus de décentralisation du rôle de la société civile.
La stratégie Nationale de lutte contre la Pauvreté a été élaborée à l’effet notamment de:
Réduction de l’extrême pauvreté et de la faim de 46, 5% en 2000 à 42% en 2010
Assurer un taux de croissance économique à 8.5% en 2010
Par ailleurs la réduction de la dette Nationale et la mise en œuvre des reformes économiques ont permis de bien structurer et de mieux articuler les secteurs constitutifs de l’économie Mauritanienne et ce pour atteindre les grands équilibres macro- économiques, stimuler l’investissement, impulser la croissance économique et, ce faisant, favoriser le bien être social et l’épanouissement culturel.
A l’heure actuelle, l’économie Nationale repose sur trois grands secteurs d’activités distinctes mais complémentaires, qui ont chacun un rôle stratégique à accomplir à savoir:
-Le secteur primaire basé sur l’élevage et l’agriculture et qui emploie pus de 50% de la population active et contribue pour 25% au PIB National.
Ce secteur a pour objectifs stratégiques d’assurer l’autosuffisance alimentaire
-Le secteur secondaire qui repose lui, sur l’exploitation minière et le traitement de produits de pêche, contribue pour 30% au PIB Nationale.
Ce secteur a pour vocation d’accroitre toujours plus les avoirs en devise du pays.
-Le secteur tertiaire qui contribue pour 45% du PIB National.
-Le secteur informel, qui est un secteur fourre-tout et qui englobe diverses activités formelles et informelles génératrices de revenus.
La dimension politico institutionnelle
L’année 1986 a constitué un tournant déterminant sur la voie de l’évolution politico-institutionnelle de la Mauritanie. C’est en effet au cours de cette année que le processus démocratique à été lancé. Il a commencé par la tenue d’élections municipales en 1986 suivies d’élections départementales et communales en 1987 et 1988 respectivement.
En 1991 une nouvelle constitution à été élaborée et adoptée par referendum. Elle a consacré l’instauration du multipartisme et l’institution des libertés fondamentales (liberté de presse, d’expression, d’association etc.…).
En janvier 1992, les élections présidentielles pluralistes (les premières du genre) ont été organisées dans le pays. Elles ont été suivies en Mars de la même année par une consultation législative; et en Avril 1992, date de l’investiture du Président de la République, toutes les institutions de la 3ième République mise en place par la voie des urnes, sont opérationnelles.
Ces institutions qui comportent notamment une représentation Nationale bicamérale, un pouvoir exécutif bicéphale, un conseil constitutionnel, un conseil supérieur de la magistrature, un haut conseil Islamique, une médiation de la République et une court des comptes…vise à assurer un fonctionnement optimum de la démocratie dans un environnement apaisé et évolutif.
La dimension Culturelle
Depuis la 2Ième moitié du 11ième Siècle, la Mauritanie a connu un foisonnement intellectuel remarquable qui a favorisé une prolifération prodigieuse de medersas traditionnelles ou «Mahadras».
Ces Mahadras ont constitué le creuset dans lequel se sont formés des érudits de haute volée et ont été des foyers de savoir dont le rayonnement a illuminé l’Afrique du Nord, le moyen orient et l’Afrique Occidentale.
Vers la fin du 11ième Siècle l’influence Culturelle et Spirituelle des Oulemas Mauritaniens était déjà très forte tant au Sahel qu’au Maghreb; ainsi le livre écrit par l’Iman El Hadrami à Azoughi, intitulé « Kitab El Ishara » était déjà connu bien au delà de la région.
Au 16ième siècle le livre de Mouhamed Ben Ahmed Ben Aboubacar, intitulé «Maouhoub El Jelil» ,rédigé à Ouadane, constituera l’un des piliers de l’école Malékite dans le pays et dans toute la sous-région.
A partir du 17ième siècle les jurisconsultes et les hommes de lettres Mauritaniens ont essaimé vers la zone Sahélienne. C’est ainsi que la famille de Oukeitiyines s’est installée à Tombouctou et a été à l’origine de l’essor Culture que cette ville a connu des siècles durant.
La déportation forcée vers Marrakech des membres de cette famille dont Ahmed Baba Ettomboucti, par le Roi Saadien Ahmed El Mansour Eddahbi, a été l’occasion pour ces savants d’impulser fortement le développement culturel et spirituel du Maroc.
La migration au cours de la même période d’autres literati Mauritaniens vers le Sénégal, a établi l’influence religieuse et intellectuelle Mauritanienne dans ce pays. Laquelle influence sera consolidée par le mouvement réformiste de l’Imam Nasser Eddine Aoubek, dans toute la vallée, au Walo, et au Kayor au 17ième siècle.
Au 19ième Siècle l’essor culturelle du pays,a pris une grande ampleur tant au Niveau des cités qu’ au niveau de la «Badia», sachant d’ailleurs que la badia Mauritanienne constitue l’unique cadre de vie nomade dans tout le monde Arabo-islamique où la culture savante a pu être à tel point florissante qu’elle a rayonné tous azimuts.
Cet essor s’est traduit par une créativité remarquable et une mobilité notoire de savants Mauritaniens. En conséquence le nombre de Madrassas s’est accru et la production intellectuelle s’est intensifiée sur toute l’étendue du pays. Il s’en est suivi un accroissement substantiel du nombre de manuscrits produits localement et ceux importés de l’extérieur.
Au cours de la 2ième moitié du 19ième siècle alors que les premières prémices du mouvement de la Renaissance Arabe commençaient à être perceptibles au moyen Orient, un bon nombre d’érudits Mauritaniens émigre et s’installe pour des périodes plus ou moins longues dans le monde Arabe.
Ces illustres savants ont produit des écrits de valeur, ont laissé leurs empreintes partout où ils sont passés et ont fortement impressionné les autorités politiques, religieuses et académiques auxquelles ils ont eu à faire. Ainsi à titre d’exemple, lors du périple qu’il a effectué de 1828 à 1843, Taleb Ahmed Ould Tweir El Jenna a fasciné les élites intellectuelles Marocaine, Tunisienne, Libyenne, etc.…. et a su forcer le respect et gagner la confiance du Souverain Alaouite, Moulaye Abderrahmane Ibn Hicham dont il a été l’hôte à Marrakech durant son séjour au Maroc.
Mohamed Mahmoud Ould Tlamid, installé au moyen orient, ayant pour sa part été jugé le meilleur connaisseur de la langue Arabe et des sciences y affairant, a été chargé en 1886 par le Sultan Turc Abdel Hamid, d’une mission scientifique qui devait l’amener en Espagne, en France et en grande Bretagne.
Et en 1888 il a été désigné par le même Sultan et cette foi-ci, sur demande express du Roi Oscar de Suède pour présenter une communication sur la langue Arabe et la Culture islamique devant la deuxième session de l’Académie Suédoise de Stockholm. Il convient d’indiquer par ailleurs que Ould Tlamid a été l’ami et le compagnon du célèbre Savant et réformateur Egyptien du 19 éme siècle, Mohamed Abdouh.
L’essor Culturel exceptionnel qu’a connu Bilad «Chuiguitt» entre le 11ième et le 19ième siècle et la mobilité des hommes de lettres Mauritaniens, leur prosélytisme et leur propension à créer des foyers de savoir partout où ils s’installent, sont autant de facteurs qui expliquent l’importance quantitative des manuscrits disponibles à l’heure actuelle en Mauritanie et dans les pays limitrophes voir dans toutes la sous-région.
En effet, en Mauritanie, il a été possible de dénombrer 300 Bibliothèques privées et de recenser plus de 40.000 manuscrits dont 300 sont déjà sur microfilms. Tandis qu’au Mali voisin l’on a pu recenser plus de 9000 manuscrits dont la majeure partie se trouve au centre Ahmed Baba à Tombouctou; au Niger, plus de 3600 manuscrits de théologie, de philologie, de médecine…, ont été collectés et déposés au centre des manuscrits Arabes et étrangers grâce aux efforts personnels du chercheur Nigérien, Bouba Hama. Au Sénégal la collecte de manuscrits Arabes a débuté depuis 1966, date à laquelle un catalogue des titres de manuscrits a été élaboré et publié.
C’est dire l’importance de l’héritage intellectuel que recèle cette aire d’influence culturelle et spirituelle Mauritanienne et le poids de la responsabilité historique qui incombe aux autorités académiques et politiques du pays vis-à-vis de ce pan du patrimoine National qu’il convient de se réapproprier, de mettre en valeur et de diffuser.
Dans cet ordre d’idées, il convient d’indiquer que les Mahadras qui constituent des institutions éducatives d’enseignement traditionnel dans toute la région et dont certaines pouvaient jusqu’en 1905 avoir la capacité de 500 apprenants, ces Mahadras, dis-je, ont commencé à péricliter à partir de l’avènement de la colonisation et de l’introduction dans le pays du système éducatif francophone.
Ainsi, alors qu’en 1967, on comptait dans le pays 657 Mahadras avec 54128 apprenants, on n’y comptait en 1986 que 257 Mahadras avec 2641 apprenants. Et cette situation est d’ailleurs opposable aux pays de la sous-région. En revanche le système éducatif moderne ne cesse de se développer de façon soutenu puisque le taux de scolarisation approche actuellement de 100%, et le ratio de filles par rapport aux garçons avoisine 37%. De plus on constate depuis quelques temps, un regain d’intérêt pour l’enseignement Arabo-islamique traditionnel ce qui s’est traduit par une grande prolifération des Mahadras partout dans le pays puisque leur nombre atteint aujourd’hui 3098 regroupant plus de 10% des enfants Mauritaniens en âges préscolaire et scolaire.
Il ressort de tout ce qui précède que la position géographique de la Mauritanie, son poids social et sa situation économique semblent constituer, en raison notamment des aléas climatiques, des précarités économiques et de la faiblesse numérique qu’ils impliquent, des handicaps dont on pourrait penser qu’ils sont de nature à décourager les investissements dans les projets à rentabilité incertaine comme celui de la création d’une Maison d’ Edition dans le Pays.
Toutefois, quand on y regarde de plus prés, l’on se rend plus aisément compte qu’il existe un ensemble d’atouts précieux et de facteurs favorables qui, combinés, sont susceptibles d’assurer la viabilité et à terme le franc sucées de ce projet.
Il s’agit en l’occurrence de :
1-Le volume impressionnant des manuscrits disponibles qui constituent le patrimoine Culturel National ainsi que le prolongement de ce patrimoine existant dans les pays voisins et dont la mise en valeur incombe, au premier chef, à la Mauritanie.
2-Les 4600 km de frontières que possède la Mauritanie avec ses voisins et qui ont de tout temps été des espaces de partage et d’échanges économiques, culturels et spirituels à travers lesquels le rayonnement religieux et intellectuel Mauritanien s’est étendu tout azimuts.
3-La généralisation de la scolarisation, le développement et la diversification des composantes du système éducatif national moderne et l’expansion grandissante de l’enseignement privé tant traditionnel que formel.
4-La volonté affirmée des pouvoirs publics de promouvoir la culture Mauritanienne dans toute sa diversité, d’encourager la recherche scientifique d’impulser la création littéraire et de stimuler toutes les formes de production intellectuelle aux fins de favoriser le rayonnement culturel et artistique du pays et à terme, lui faire retrouver l’aura et le prestige qui ont pendant longtemps fait la réputation de Bilad Chinguit.
Cette vision des choses a été au centre des préoccupations du président de la république, Mohamed Oud Abdel Aziz, telles qu’elles sont reflétées dans son programme politique. Vision que le Ministère de la Culture, de la jeunesse et des Sports s’emploie activement à traduire en réalité tangible ; et ce à la faveur des préparatifs entrepris dans la perspective de la célébration de Nouakchott comme capitale de la culture Islamique pour 2011.
Cette volonté et les considérations géostratégiques qui la sous-tendent, confèrent de facto, à la maison d’Edition dont la création devient un impératif urgent, une raison d’être et une mission qui vont bien au-delà de celles d’une simple entité commerciale à but strictement lucratif, chose qui doit ,du reste , lui valoir de bénéficier d’un appui substantiel des pouvoirs publics dans sa phase de démarrage et d’être accompagnée ,après son opérationnalisation, jusqu’à ce qu’elle atteigne sa vitesse de croisière. Ce qui exaucera, à n’en point douter, l’un des vœux les plus ardents de l’intelligentsia du pays et répondra aux attentes réelles d’un lectorat national grandissant et de plus en plus avide du savoir.

Nouakchott Août 2010
Mohamed Lemine Ould EL KETTAB
Coordinateur national du projet Nouakchott
capitale de la Culture Islamique pour 2011
Dernière modification : 07/08/2010 11:00:00